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it's the economy, stupid!

Month: September 2014

Le Grand Rabbin Albert Guigui sur la pauvreté

Le Grand Rabbin Albert Guigui nous reçoit au Consistoire central israélite de Belgique (CCIB) qui a son siège à la Grande Synagogue de Bruxelles et d’Europe. Le CCIB est l’organe représentatif du judaïsme auprès des autorités belges.

Tsedakah

“Je vais peut-être étonner voire choquer quelques personnes en disant cela, mais dans la tradition juive le mot “charité” n’existe pas. La charité établit une relation de condescendance entre la personne qui donne ou qui aide, et la personne qui reçoit ou qui est aidée. Il y a un rapport de forts et de faibles, de riches et de pauvres. Dans la tradition juive, le mot “charité” est remplacé par le mot Tsedakah. Cela vient du mot hébreu “tsedek” qui veut dire “justice”. En d’autres termes, le judaïsme ne perçoit pas l’aide que l’on donne aux pauvres comme une aumône, mais comme le rétablissement d’une injustice qui a été causée à cette personne. En l’aidant, je ne fais que rétablir une injustice. L’idée fondamentale dans le judaïsme, c’est le respect de la dignité de l’autre. Donner, certes, mais donner dans le respect de la dignité de l’autre”.

“Le penseur juif Maïmonides (1138-1204) classe les différents niveaux de la Tsedakah. Le premier niveau qui est le plus important est celui où l’on empêche la personne de tomber. Un exemple: quelqu’un risque de déclarer faillite parce qu’il a besoin d’une somme bien particulière. On fera tout pour essayer de trouver cette somme pour lui permettre de continuer à vivre sans être dépendant d’autrui. Le deuxième niveau de la Tsedakah, c’est de donner de telle sorte que la personne qui reçoit ne sait pas de qui elle reçoit et la personne qui donne ne sait pas à qui elle donne. Ainsi il y a un anonymat aussi bien au niveau du donateur que niveau du receveur, et de ce fait-là la dignité de la personne qui reçoit est préservée”.

Sécurité sociale?

“En effet, la Tsedakah n’est pas un don, c’est un dû qu’on restitue à cette personne qui est dans la pauvreté. De ce point de vue il existe des point communs avec la sécurité sociale. Il faut reconnaître que la sécurité sociale est un pas énorme dans l’humanisation et la lutte contre la pauvreté, parce que c’est un moyen de permettre à tout un chacun de pouvoir vivre dignement et dans le respect de sa personnalité. Mais je crois que malgré tout il y a quelque chose qui manque. Dans le cas de la sécurité sociale il y a certes l’anonymat, mais il s’agit d’une relation abstraite. Il n’y a pas de relation entre l’institution qui donne et la personne qui reçoit. La personne qui est dans l’indigence a besoin de plus que l’argent. Elle a besoin de considération. Elle a besoin d’un sourire. Elle a besoin qu’elle se sente entourée et épaulée. Et ça manque aujourd’hui. Je crois que par delà l’aide que la sécurité sociale peut donner, il faut qu’il ait un service social chaleureux et amical qui puisse prendre en compte les autres difficultés que la personne démunie rencontre sur son chemin”.

“Par exemple l’association Meir panim donne à manger aux pauvres. Meir panim signifie littéralement “éclairer le visage”.  Il n’y s’agit pas seulement de donner à manger, mais il s’agit aussi d’offrir un sourire et de garantir un accueil chaleureux et humain. En dehors des institutions du Service Social Juif et de la maison de retraite Heureux Séjour, nous avons d’autres associations, notamment une qui dépend de notre communauté et qui s’appelle Bethlehem. C’est une association extrêmement ancienne qui poursuit des objectifs dont je viens de parler. Les personnes en difficultés y reçoivent des cheques alimentaires qu’elles vont monnayer dans les grandes surfaces. L’objectif est donc de permettre à ces gens d’être aidés dans l’anonymat mais en choisisant ce qu’ils veulent”.

Actes de bonté: Guemilout Hassadim

“Je pense que la pauvreté souvent se double de plusieurs autres phénomènes: une marginalisation, la solitude, l’abandon, l’exlusion sociale. Et tout ça fait que la pauvreté est vécue d’une façon très très très douloureuse.  Par delà le fait d’être pauvre, il y a tout ce volet social et psychologique qui est source de souffrance. Et l’objectif chez nous est d’entourer la personne. La  pauvreté n’est pas seulement un manque d’argent. On peut avoir de l’argent et être en même temps  très pauvre. Quelqu’un qui est seul et abandonné – même s’il n’a pas besoin d’aide matériel – il a besoin de contacts, il a besoin de relations humaines, il a besoin d’affection et de chaleur. Et c’est pour ça que chez nous la Tsedakah seul ne suffit pas. Il y a en plus ce qu’on appelle Guemilout Hassadim [= actes de bonté]. Ils se font aussi bien avec les riches qu’avec les pauvres. Un malade, même s’il a de l’argent, c’est un pauvre, c’est un malheureux, et on a besoin de le rendre visite et de le soutenir. Guemilout Hassadim n’est pas seulement le besoin de donner à manger, mais c’est tout ce qui constitue l’être humain et duquel on doit s’occuper: la solitude, l’exclusion sociale, l’abandon. Un des problèmes qui est extrêment difficile – et qui n’est pas lié essentiellement au manque d’argent – c’est la question de comment s’occuper de tous les gens qui sont des rescapés de la Shoah, qui sont parfois seuls, hantés par des souvenirs. Donc il y quelque chose de plus que l’argent, c’est le don de soi”. Le don de soi est essentiel”.

Rerverser la vapeur

“Comparé au don de l’argent qui est sensé rester anonyme, le don de soi rétablit une relation interpersonnelle. Et je dirai même plus quand il s’agit du don de soi. Vous savez, le drame c’est qu’on croit toujours que la personne qui est seule et qui manque d’argent est tributaire de l’autre. “Moi je dois toujours lui donner, je dois venir lui rendre visite etc etc”. Mais je pense que la meilleur thérapie n’est pas toujours de donner. La meilleure thérapie est d’offir  aux exclus qui ont des capacités et des possibilités, des projets de vie où ils ne se sentent plus soutenues, mais où eux soutiennent l’autre. Grâce à cela ils retrouvent un sens à leur vie. Et ainsi ils ne se sentent plus comme des redevables de la société, mais comme des partenaires à part entière, qui apportent à la société. Il y a des gens qui savent dessiner, alors on les met dans des ateliers de dessin, et ils heureux, ils sont épanouis de donner aux autres. Il y a des gens qui peuvent rendre service à des personnes agées. Il faut renverser la vapeure. Celui qui reçoit devient celui qui donne. Et chacun peut donner”.

“Pour résumer, Guemilout Hassadim, c’est un elargissement de Tsedakah, pas avec de l’argent mais par d’autres modes de soutien. Mais Tzedakah et Guemilout Hassadim n’auront de sens que lorsqu’on donne un projet de vie aux gens qui sont exclus”.

Une dernière question. Admettons que je suis une personne juive qui vis dans la pauvreté et je que vais auprès de mon rabbin en lui demandant: comment tenir le coup et pourquoi tenir le coup? Que répondriez-vous?

Mais voilà, nous y sommes: pourquoi tenir le coup? Parce que tout simplement d’autres ont besoin de moi. Voilà pourquoi il faut tenir le coup! Parce que je peux être utile à la société. Parce que je peux contribuer au bien-être des autres. Voilà pourquoi.

Et Dieu dans tout cela?

De toutes les façons c’est lui qui est l’exemple. Dieu a été le premier qui a habillé les hommes, Dieu a été le premier qui a donné à manger, Dieu a été le premier à enterrer les morts. Nous devons imiter Dieu.

© Axcent

Vrijzinnigheid over armoede

Toen het interview werd afgenomen heette het nog “centrum voor morele dienstverlening”. Recent werd het omgedoopt (pardon us the pun) tot huisvandeMens. Maar de vrijzinnige gedachten over armoede en armoedebestrijding zijn niet veranderd.

Een huisvandeMens is een vrijzinnige instelling waar moreel consulenten voor onthaal, dienstverlening, vorming en morele bijstand instaan. We voerden het gesprek met Jan Van den Brande en Didier De Swert.

Nieuwe uitdagingen

“Als vrijzinnigen stellen we vast dat de maatschappij grondig is gewijzigd. “Nieuwe” categorieën mensen vallen tussen de mazen van het sociale vangnet. Ook die mensen verdienen ondersteuning. We zitten met een goed solidariteitsbeginsel dat echter niet meer up-to-date is.  De sans-papiers en migranten worden over het hoofd gezien. Wij betreuren dat. Het beschikken over voedsel en onderdak is een universeel mensenrecht”.

“Een andere groep die met marginalisering wordt bedreigd zijn de holebi’s. In sommige Europese landen zoals Polen wordt homoseksualiteit nog niet aanvaard. De vrijzinnigheid breekt bijna als enige levensovertuiging een duidelijk lans voor absolute gelijkberechtinging, het homohuwelijk en andere rechten voor holebi’s.  Armoede is een belangrijke factor van sociale uitsluiting . Maar ook andere factoren kunnen meespelen. Het holebi-zijn is soms aanleiding tot ontslag, verstoting door de familie en regelrechte homohaat”.

De kracht van het individu

“Wat de vrijzinnigheid wil doen met mensen die het slachtoffer zijn van armoede en sociale uitsluiting  en dus minder goed geïntegreerd zijn in de maatschappij, is de dingen in hun leven weer stap voor stap op orde brengen.  Het begint met het zoeken van het oorzakelijk verband: hoe komt het dat ik in armoede ben geraakt, wat zijn de factoren die daartoe hebben geleid? Aan de hand daarvan proberen we uit te vissen wat armoede in het leven van die ene persoon betekent, want armoede is ook iets heel individueels. Er leeft weliswaar een gemeenschap in armoede, maar armoede begint eigenlijk bij vele individuen die in de armoede sukkelen. Door hun lotsovereenkomst zoeken ze enkel elkaar op en horen alleen maar dingen die hun toestand bevestigen. Dat merk je bijvoorbeeld heel goed in de sociale restaurants hier in Brussel. De problemen beginnen als individueel probleem en deinen vervolgens uit tot een collectief verschijnsel”.

“Vandaar dat we als morele consulenten bij het individu uitzoeken wat er toe heeft geleid dat het in armoede leeft. We traceren die reeks oorzaken tot bij het begin en sturen remediërend bij. We maken de mensen bewust van de problematiek. Men zegt zo vaak dat armoede en sociale uitsluiting een moelijk oplosbare problematiek vormen, maar we zij ervan overtuigd dat we moeten beginnen bij de kracht van het individu. Daartoe moet er natuurlijk ook een maatschappelijk draagvlak zijn. De maatschappij moet een draagvlak creëren waar iedereen de kans krijgt zichzelf te ontplooien zonder sociale uitsluiting door seksuele geaardheid, religie, enzovoorts. Daarom vinden we de scheiding van kerk en staat zo belangrijk. Die garandeert dat niemand door zijn levensovertuiging, religie of geaardheid wordt uitgesloten”.

Middenklasse, België en de wereld

“Je vraagt of de middenklasse in België en in de wereld economisch een stap terug moet zetten om de armoede te verlichten of, omgekeerd, de armen veeleer tot de middenklasse moeten worden opgetrokken?  Laten we wel wezen. In België is een economische terugstap van de middenklasse bijna onmogelijk. Als je als middenklasse moet gaan inleveren, dan zak je richting de armoedegrens. We moeten veeleer de Belgen die onder de armoedegrens leven tot de middenklasse optrekken dan omgekeerd. Als je ziet hoe groot de bedrijfswinsten en sommige toplonen zijn, dan moet je daar het geld halen voordat je de middenklasse aanspreekt. Want uiteindelijk zijn dat mensen die allemaal fulltime werken, vaak met twee, om hun zaken nog te kunnen betalen. Wij, als middenklasse, dragen op dit ogenblik de economie en de sociale zekerheid. De afstand tussen middenklasse en armoedegrens is een pak kleiner dan tussen middenklasse en rijke klasse. In ieder geval moet er in België voor iedereen een minimumuitkering worden gehandhaafd.  Maar  zelfs dié kan niet voorkomen dat velen in armoede zullen vervallen. Vaak gaat het om mensen die niet de gewoonte hebben om met bepaalde geldsommen om te gaan. Ze leven van dag op dag en zonder deftige budgetaire begeleiding, vallen ze zo terug in de armoede. Vandaar dat we als vrijzinnigen uitgaan van de kracht van het individu, we willen de mensen ondersteunen en individueel begeleiden”.

“Als je echter spreekt van het wereldwijd veralgemenen van het Belgische welvaartspeil dan liggen de kaarten helemaal anders. Om eerlijk te zijn – en dat is iets wat andere wereldbeschouwingen weinig zeggen – we zitten met een demografische explosie, de wereldbevolking blijft maar toenemen. Alleen al ecologisch is het onverantwoord om iedereen op het welvaartspeil van de gemiddelde Belg te willen brengen. Door de ecologische voetafdruk is dat per definitie onmogelijk. Wat wij als vrijzinnigen betreuren is dat er nooit wordt gesproken over die enorme toename van de wereldbevolking. Volgens ons moet er veel meer worden gedacht aan geboortebeperking omdat de aarde een bepaald aantal mensen gewoon niet meer aankan. We stevenen af op 10 à 12 miljard inwoners. Dat aantal werkt de structurele armoede alleen maar in de hand. Ik denk dat die geboortebeperking een maatregel is die heel moeilijk bespreekbaar is bij andere levensovertuigingen. Geboortebeperking is in eerste instantie een kwestie van sensibilisering en aanmoediging tot het gebruik van voorbehoedsmiddelen. Maar in dezelfde optiek moet ook abortus tot de mogelijkheden worden gerekend.  Het is belangrijk dat vooral mensen in de ontwikkelingslanden geen tien kinderen hebben maar zich beperken tot twee – al  hebben die mensen een heel lange traditie waar kinderen als een sociaal vangnet voor hun oude dag instaan”.

“Om kort te gaan: de vrijzinnigheid onderscheidt zich van andere levensovertuigingen door een aantal accenten. Inzake armoede zijn dat geboortebeperking en abortus; inzake sociale uitsluiting zijn dat de holebi’s waarvan de sociale uitsluiting kan leiden tot armoede. In sommige landen is homoseksualiteit nog altijd strafbaar. Wij zijn universeel gericht: de seksuele vrijheid moet ook elders in de wereld worden gerealiseerd”.

Kracht en hoop op maat van de client

“Zoals je weet beroepen we ons niet op een transcendente god, we kennen geen belofte met betrekking tot een hiernamaals. Het enige wat ons hoop kan geven is het leven hier en nu. We werken vooral emancipatorisch. We proberen de mensen te bevorderen in hun eigen autonomie en  zelfontplooiing, en hen daarin ook te doen gelóven: dat hun situatie kan worden veranderd, dat ze er niet in berusten, dat die niet voor eens en altijd vastligt, maar dat er nog altijd mogelijkheden bestaan om uit die armoede te geraken door bepaalde aspecten in hun leven te veranderen waardoor hun levenskwaliteit kan verbeteren. Waar haalt de vrijzinnige zijn kracht? De vrijzinnige haalt zijn kracht uit een goed gesprek en uit de wetenschap  dat iemand voor hem klaarstaat. In het geloof richt men zich tot God om het aan hem te vragen. Bij ons richten we ons rechtstreeks tot het individu. Samen met de persoon bouwen we een concreet verhaal op. Er is niet alleen een luisterend oor, er is ook de opvolging en de doorverwijzing naar een sociaal netwerk waar de problemen op maat worden aangepakt.  Wij gaan uit van het hier en nu en van de kracht van het individu. We wachten niet op iets  “dat zou kunnen gebeuren”. We vatten de koe bij de hoorns en gaan individueel op zoek naar wat we hier en nu kunnen verbeteren. We hopen dat het individu uit het gesprek kracht put en de kans op een gunstige wending met beide handen aangrijpt”.

“Mensen die zich om de een of andere wereld ongelukkig of slecht voelen of zich in crisis bevinden, zijn het slachtoffer van een vernauwd bewustzijn dat vaak samenhangt met hun depressieve gesteldheid. Ze hebben een laag zelfbeeld. Als moreel consulent proberen we de problemen op een rijtje te zetten en duidelijk te maken dat er nog altijd mogelijkheid op verbetering is. We werken op vlak van de hulpverlening volgens de oude humanistische aanpak van het client centered (op maat van het individu).  Wij bieden de mensen mogelijkheden aan, wij dringen ze niet op. Ook hier werken we emanciperend: verhoging van zijn of haar autonomie door klaarheid te scheppen in de situatie opdat hij of zij de best mogelijke keuze zou maken voor het probleem dat zich aandient. Dat kan gaan van het hulp bieden bij het schrijven van een sollicitatiebrief, over het voeren van een telefoongesprek tot het regelen van de regularisatie of het contacteren van het OCMW: de eerste stap is vaak het moeilijkst precies door het gebrek aan motivatie en het lage zelfbeeld. Samen  willen we de basisvaardigheden ondersteunen”.

De gemeenschap

“Ten aanzien van de gemeenschap vinden we sensibilisering heel belangrijk. Velen onder ons lopen voorbij aan de kansarmoede, soms letterlijk als het over bedelaars gaat. Als Centrum voor morele dienstverlening willen we bijdragen aan bewustmaking:  de mensen die aan de kant zitten met of zonder kind en met of zonder beker, zijn gewone mensen zoals u en ik die bepaalde dingen hebben meegemaakt die ze zelf niet hebben gewild.  Ook voor ons kan het van de ene dag op de andere zeer snel gaan. Vaak is de aandacht van het publiek voor dakloosheid en kansarmoede periodiek.  Als de winter aanbreekt ontdekken we plots weer daklozen. Als  het onderwijs hapert worden we ons weer bewust van kansarmoede. Het Centrum voor morele dienstverlening wil het hele jaar door de aandacht gaande houden”.

“Bovendien werken we heel nauw samen met lid- en welzijnsverenigingen, omdat we ervan overtuigd zijn dat samenwerking meer vruchten afwerpt dan cavalier seul te gaan. Sommige vrijzinnige lidorganisaties houden zich nadrukkelijk bezig zijn met armoede en sociale uitsluiting:  Cocon (werkt met pleeggezinnen), de  Stichting Morele Bijstand aan Gevangenen (SMBG) en UCOS (Noord-Zuid-verhoudingen). Daarnaast  steunen we pluralistische verenigingen (Beeldenstorm en Nasci).  Toegegeven, als vrijzinnigen staan we nog in onze kinderschoenen wat armoedeproblematiek betreft. We hebben nog geen eigen caritas. Het is een kwestie van tijd”.

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Gaëlle Szyffer (judaïsme)

1. Qui es-tu?

Dire qui je suis c’est déjà mal parti pour un Juif parce que le verbe “être” n’existe pas au présent. Si le verbe “être” n’existe pas en hébreux c’est qu’il y a une raison. Mais si ce n’est pas “qui suis-je”, est-ce qu’il faut alors me définir avec ce que j’ai? Non, ce n’est pas l’avoir non plus qui joue. Dans le judaïsme, et je crois que cela me définira peut-être plus facilement, c’est: qu’est-ce que je fais? Parce qu’importe de savoir qui on est: les psys n’ont toujours pas trouvé comment aider vraiment les gens à savoir qui ils sont. Il y a une phrase dans la Torah que j’aime beaucoup et qui dit que quand quelqu’un est mort, on ne se demande pas s’il a eu une belle vie, mais s’il a fait que la vie est devenue plus belle autour de lui. Je crois que c’est très très juif: c’est-à-dire, ce qui compte c’est ce qu’on fait. Me définir le mieux, je pense, serait peut-être à travers ce que je fais ou ce que j’ai fait.

Je suis issue d’abord d’une culture juive. Mon père nous a élevé dans l’esprit du judaïsme. De son côté en descendant jusqu’au 17ième siècle il y a des rabbins très célèbres. Du côté de ma mère on trouve des moines et des nonnes. Malgré ces antécedents, mes parents étaient laïques dans l’esprit de “la religion est l’opium du peuple”. J’étais élevé là-dedans. Mais en même temps – et de cela j’ai pu me rendre compte une fois que je me suis vraiment penchée sur l’étude du judaïsme – tout ce qu’on nous a inculqué à la maison était juif. L’éthique venait en tout cas de la Torah. Ma mère a reçu une éducation où les grands principes de ne pas voler, d’être honnête etc étaient présents aussi. Mes parents étaient communistes et tous les deux dans la résistance. Mon père a été arrêté et abattu par plusieurs balles auxquelles il a survécu mais est resté grand invalide. Il s’est évadé plusieurs fois et a échappé de justesse à la déportation. Je viens donc d’un milieu politiquement communiste. Je faisais partie d’un mouvement de jeunesse où les enfants étaient essentiellement des enfants de résistants ou de déportés, et où on pratiquait la pédagogie Makarenko, une pédagogie issue de l’Union-Soviétique qui était d’une modernité extraordinaire. En 1917 des milliers d’enfants traînaient dans les rues. Ils venaient de sortir du servage, vivaient dans la misère absolue, n’avaient pas été à l’école. Marenko est parvenu avec des techniques très modernes de pédagogie à resocialiser tous ces gosses. Comme enfant j’étais dans cette mouvance pédagogique. À côté de cela, j’allais tous les samedi au mouvement de jeunesse juif. Le point de départ de ce mouvement était qu’il fallait qu’on soit heureux. Il ne faut tout de même pas oublier le contexte: on sortait de la guerre, sur les centaines d’enfants que nous étions personne n’avait de grands-parents, et nos parents sortaient des camps pour la plupart . Cette joie qui doit être présente même dans des situations rationnellement très tristes est une des Mitsvots, c’est-à-dire une des obligations du judaïsme. Dans le judaïsme, c’est un devoir d’être heureux, d’être dans la joie, quelles que soient les conditions matérielles ou autres circonstances, même si, aussi, dans toute joie, il faut toujours laisser une place pour la tristesse en raison des malheurs qui ont frappé nos ancêtres ou qui frappent encore les nôtres, et j’ajoute, qui frappe encore tant des nôtres, les êtres humains, partout dans le monde.

Je suis devenue moi-même communiste. Comme je ne fais jamais les choses à moitié, j’étais sécrétaire nationale de la Jeunesse Communiste et membre du bureau du conseil national de la jeunesse de la communauté française pour représenter nos organisations.

Ceci dit, toute petite, dès l’âge de 5 ans, j’étais attirée par la religion. J’allais avec le grand-père du mari d’une cousine, qui était le seul grand-père qu’on ait jamais connu (tout le monde l’appelait Zaïdè, qui veut dire “grand-père” en yiddish), en cachette à la synagoque. Je dis “en cachette” mais je me rends compte que mon père a dû le savoir, car j’étais toute jeune. Comme j’étais encore une toute petite fille, je pouvais aller en-bas avec les hommes. Je me rappelle que Zaïdè me mettait sous son châle et priait en se balançant et que j’ai gardé ça, impregné au plus profond de moi: cette volonté de religion qui était le seul point de discorde qu’il y avait entre mon père et moi.

Je me souviens que pendant la guerre du Vietnam on avait des réunions pour la paix et on se disputait d’une manière effrayante – on était 20 ou 30 autour d’une table, il y avait des cris, si nos yeux étaient des fusils on serait tous morts, et un jour je me suis dis: “on veut faire la paix dans un pays et on ne peut pas le faire dans cette pièce? Plutôt que de dire qu’il faut changer le monde et l’homme changera, je crois qu’il faut changer l’homme et le monde changera”. Ça a été un basculement qui m’a fait quitter le parti communiste.

Les années ont passé. J’ai erré longtemps à chercher ma voie en lisant beaucoup. À 30 ans, début 1980, j’ai abouti en Inde, chez un maître indien, dans un âshram où il y avait très peu d’étrangers, et où le seul principe était qu’on pouvait avoir n’importe quelle religion pour autant qu’on croit en une … force qui dépasse celle des hommes. Ce maître a vraiment changé ma vie. C’est là que j’ai réalisé à quel point je ne pouvais pas vivre sans spiritualité. Ce n’était pas évident avec une mère non-juive et le refus chez beaucoup de juifs de me reconnaître comme juive, mais quand je suis revenue, je me suis dit: maintenant tu vas vivre ton judaïsme. Un jour, un moine catholique avec qui je m’entretenais régulièrement de questions spirituelles, m’a dit: écoute, va voir la synagogue libérale, là on te reconnaîtra comme juive. Il n’avait pas tort. C’est dans la communauté libérale de Beth Hillel qu’on m’a tout de suite reconnue comme juive. Je trouvais enfin une reconnaissance de ce que j’étais au plus profond de moi. Là a commencé vraiment ma plongée dans un judaïsme qui n’était pas seulement celui de la Shoah, de la nourriture juive, des chants juifs, des fêtes juives, mais aussi de l’étude et de l’approche de la Torah.

Pour moi il y a une continuité indéniable entre mon chemin du parti communiste au judaïsme. Que ce soit au parti communiste ou aujourd’hui ou hier dans le judaïsme, la volonté c’est de faire que le monde devienne un peu meilleur, qu’il y ait moins d’injustices sur terre, moins de souffrances, que l’exploitation de l’homme par l’homme ou des pauvres par ceux qui le sont moins, soient moins fortes. C’est ce qu’on appelle le Tikkoun Olam dans le judaïsme “la réparation du monde”. Et donc pour moi il y un continuum entre communisme et judaïsme. Simplement, la méthode est différente.

Aujourd’hui, je suis très impliquée dans ma synagogue où je suis membre du conseil d’administration et m’occupe tant de la formation que des animations communautaires. Je suis membre aussi du conseil d’administration de Gan ashalom qui est notre cimetière et tout ce que ça implique, c’est-à-dire les soins, la toilette des morts et la visite des malades et des personnes âgées qu’on appelle le Bikour H’olim.

Je suis aussi déléguée rabbinique, ce qui veut dire que j’aide le rabbin quand on sort la Torah aux offices. Quand il n’est pas là je dirige l’office avec d’autres et je donne des cours, entre autres à ceux qui doivent apprendre à lire le hébreux pour pouvoir lire les prières. Je m’occupe également d’un groupe d’étude de la Torah une fois par mois le samedi après-midi après l’office, ainsi que de la bibliothèque et des émissions radio. Et puis il y a mon engagement interconvictionnel, vieux de trente ans.

2. Qu’est-ce qui t’attire dans le dialogue interreligieux et interconvictionnel et pourquoi es-tu devenue membre du conseil d’administration d’Axcent?

Pour être franche, l’interreligieux pour moi a commencé simplement parce que des gens autour de moi parlaient beaucoup de judaïsme et que je me rendais compte que l’ignorance de ce que sont les Juifs et les préjugés, voire les stéréotypes, sur ce qu’est le judaïsme étaient dramatiques. Au plus je donnais des conférences ou je participais à des groupes de dialogue, au plus je me suis rendue compte que c’était nécessaire d’informer et de témoigner.

C’est vrai que, dans un sens, ma démarche était au début unilatérale. Je venais pour parler des Juifs et du judaïsme. Est-ce que ça m’intéressait d’entendre parler des autres? Au début, très honnêtement, non. Il faut dire que notre histoire avec les chrétiens était telle qu’on peut comprendre qu’il ait une certaine méfiance. Mais petit à petit j’ai réalisé que moi aussi j’avais mes stéréotypes; que moi aussi j’avais une certaine méconnaissance des choses. Je me suis ainsi impliquée dans une groupe qui se réunit tous les mois et qui organise chaque année un colloque “juifs et chrétiens engageons-nous”. On y aborde une question avec chaque fois le point de vue chrétien et juif. J’apprends pas mal de choses et je réalise que moi aussi, j’ai certains… c’est vrai… certains préjugés, mais ils tombent quand j’en prends conscience.

Quant à Axcent, je m’y suis engagée d’abord parce qu’on me l’a demandé. (rire) Mais cela entrait dans ma propre démarche, d’autant plus qu’Axcent ne limite pas le dialogue aux trois monothéismes. Avec Axcent j’avais la possibilité à la fois de donner quelque chose et de recevoir quelque chose, ça pouvait se passer dans les deux sens.

3. Dans quelle mesure l’économie est-il un aspect important dans le judaïsme?

La relation à l’autre est quelque chose de fondamental dans le judaïsme. Il faut d’abord insister sur un fait qu’on ne connaît pas assez les fondements du judaïsme. Ainsi : des textes de la tradition juive nous disent qu’il ne faut pas favoriser dans un tribunal un riche parce qu’il est riche, ce qu’il arrive quand même assez souvent dans l’histoire. Mais il ne faut pas non plus favoriser un pauvre parce que c’est un pauvre, et ça c’est moins fréquent de dire. Il faut tendre vers la justice et ne pas tenir compte de ces aspects-là. Or, dans un monde d’inégalités qui est le nôtre, l’“autre” est aussi le pauvre qu’il faut aider par la Tsédakah. Ce que nous appelons “Tsédakah” n’est pas seulement “charité”. C’est quelque chose qui est liée à la justice, une justice qui vise à rétablir un peu de l’injustice qui est sur terre. Il y a deux sortes d’actes de Tsédakah. Il y a d’abord les actes de bonté sous toutes formes et qu’on peut faire autant vis-à vis d’un riche que d’un pauvre. Et puis il y a ce qu’il ressemble plus à une “charité monétaire”, qui est de donner de l’argent quand c’est nécessaire.

Le penseur juif Maïmonides décrit huit stades du Tsédakah. Je ne vais pas les énumerer tous. En mentionnant les deux premiers, on parvient déjà à en saisir l’esprit.

Le nec plus ultra, ce qui a de mieux et qui est le plus important, c’est ce qu’on appelle la charité préventive. Il faut donner du travail à un pauvre. Tout le monde connaît l’expression: “si tu donnes du poisson à quelqu’un, il mangera un jour, si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours”. Ce principe se trouve déjà dans la Torah. Le plus important, c’est d’aider quelqu’un pour qu’il puisse subvenir lui-même à ses besoins, soit pour démarrer une affaire, soit pour la continuer. Comme acte idéal cette charité préventive est subdivisée. Soit qu’on donne du travail à un pauvre, soit qu’on en fait une espèce d’associé ou de partenaire, soit qu’on lui fait un prêt, soit un don. C’est mieux de faire un prêt qu’un don. Pourquoi? Parce qu’un prêt pour la personne est moins dégradant. C’est lui dire qu’on lui fait confiance et qu’on sait qu’il nous le rendra. Ça c’est le premier degré de Tsédakah.

Le deuxième stade, c’est de donner anonymement à quelqu’un d’inconnu.Pour le judaïsme c’est essentiel: il ne faut pas savoir à qui on donne, parce que sinon on pourrait succomber à un sentiment de fierté d’avoir fait quelque chose peur cette personne, et ça c’est pas de la Tsédakah. Et la personne qui reçoit ne doit pas savoir de qui elle a reçu pour ne pas se sentir inférieure par rapport à la personne qui donne. C’est pourquoi il y a toujours des caisses de Tsédakah dans toute synagogue et association juive. Les gens y déposent leurs dons discrètement et ensuite il y a un groupe qui se met à les distribuer de façon aussi discrète dans la communauté. Par exemple dans ma synagogue, le conseil d’administration lui-même ne sait pas à qui le responsable va le distribuer. Ça c’est donc le deuxième aspect.

4. Quelle pourrait-être ta propre contribution à une l’économie plus humaine et solidaire?

Ce n’est pas évident. Je ne vais peut-être pas te satisfaire dans ma réponse. Certainement, si on parle de conscientisation, je crois qu’il y a vraiment quelque chose à faire. Chacune des convictions peuvent nous interpeller dans ce qu’elles demandent et proposent par rapport à un monde plus solidaire. Elles peuvent nous aider à être plus dans une pratique. Mais comme je te l’ai dit, ce qui à une époque m’a fait basculer d’un monde politique vers un monde plus religieux, c’est ce principe: on ne change pas le monde et puis l’homme changera, on change l’homme et le monde changera. Et je crois vraiment à l’effet papillon qui était déjà très présent dans la Torah, à savoir que si moi je change, si moi dans mon comportement personnel j’essaie tous les jours un petit peu plus, à me comporter le mieux possible, je n’ai pas besoin de faire la morale aux autres. Je peux expérer que certains de mes comportements, susciteront quelque chose de semblable chez l’un ou l’autre. Je ne suis ni premier ministre ni présidente, je crois que ce que je peux faire le mieux à ma mesure, c’est d’essayer d’être correcte dans ma vie et d’essayer de pratiquer au mieux l’ouverture et la solidarité envers l’autre. La Tsédaka peut m’y aider. Je crois plus à ça qu’à des fonctions politiques, même s’il faut qu’il ai des gens qui travaillent dans le domaine politique. L’approche politique n’est plus mon orientation Je crois par contre à l’action personnelle, et, dans le cadre d’Axcent par exemple, à la mise en commun de pistes convictionnelles pour que nos consciences puissent se fortifier mutuellement dans notre d’un travail vers l’autre.

“Une chose qui est sûre”. Une interview avec une infirmière de rue

Emilie Meessen, coordinatrice de l’asbl Infirmiers de rue – straatverplegers, fût interviewée par Axcent il y a quelques années à l’occasion d’un concert interconvictionnel au benefice de cette association. (octobre 2010).

L’interview est toujours d’actualité.

Les infirmiers de rue contribuent à l’amélioration de l’hygiène et de la santé des personnes à Bruxelles qui sont sans abris. Leur charte stipule explicitiment que “l’organisation est apolitique et sans conviction religieuse”. Ils sont membre, tout comme Axcent, du Collectif des morts de la rue, un rassemblement d’associations qui organisent annuellement une cérémonie pluraliste à l’attention des personnes décédées à la suite de leur vie de sans-abri.

“Comme infirmiers de rue, nous travaillons avec des personnes très désinsérées. Elles peuvent avoir un logement, mais la plupart de nos patients n’ont pas de logements fixes. En général leur problème de désinsertion peut se refléter par de gros problèmes d’hygiène. Elles n’accordent plus d’attention à elles-mêmes et elles s’excluent encore davantage à cause de leur manque d’hygiène. On peut être exclu pour différentes choses.  Nous nous focalisons pour le moment sur les personnes les plus exclues pour des raisons de manque d’hygiène. Après, nous espérons de voir petit à petit d’autres personnes avec d’autres problématiques liées à la santé.  Notre asbl fait du travail de rue, du travail de formation et de la mise en place d’outils de prévention.

Le travail de rue se passe chaque fois en journée.  On va à la rencontre des personnes dans la rue: soit de façon un peu aléatoire, soit dans des endroits fixes. De temps en temps on nous appelle également:  il peut s’agir d’une association, de la police, d’un commerçant, d’un voisin ou d’une personne sans-abris. On nous appelle en nous disant: voilà, il y a quelqu’un qui est là et qui a l’air d’avoir besoin de soins, en tout cas il n’est pas très propre et ça fait longtemps qu’il est là. Une fois qu’on est auprès de la personne on vérifie si elle est consciente de son état et on essaie de voir ce qui ne va pas. On se focalise vraiment sur la perception que la personne a d’elle même. Nous l’aidons à se rendre compte de qui elle est et de ce qu’elle vaut et jusqu’ où elle peut arriver. Petit à petit elle reprendra conscience qu’il y a encore plein de choses possibles et que le projet peut se mettre en place. Dernièrement, il y a eu toute une série de gens qui étaient en rue depuis longtemps (15, 13 et 11 ans) et qui par la reprise en main de leur hygiène et par le fait qu’ils ont retrouvé goût à prendre soin d’eux-mêmes et à la vie en général, ont même trouvé un logement, alors que cela faisait très longtemps qu’ils en n’avaient plus et que tout le monde était fataliste par rapport à leur situation. C’était vraiment génial de montrer que des changement étaient encore possibles.

Mais pour que ça marche ainsi, pour avancer avec la personne et qu’elle retrouve estime d’elle-même et confiance en elle, il y a tout un chemin à parcourir. C’est vrai que nous travaillons surtout sur  l’hygiène, mais il faut aussi que la personne se rende compte qu’elle est encore capable de faire plein de choses elle-même et qu’elle aime bien les choses et qu’il n’y pas que des trucs horribles autour d’elle, même si la vie en rue est vraiment stressante.  Nous essayons donc de découvrir chaque fois les ressources de la personne, c’est-à dire ce qu’elle aime bien faire, ce pour quoi elle est douée et ce à quoi elle aspire. Avec chaque personne nous tâchons d’établir qu’est ce qui a une influence positive sur elle pour savoir comment communiquer d’une manière positive, et aussi, lorsque la situation est difficile, de pouvoir revenir chaque fois avec quelque chose de positive. Par exemple Monsieur M. était fan de Johnny Halliday, et quand il était à l’hôpital on lui a donné des cartes postales avec Johnny Halliday.

Pour certains ce sera la religion qui sera leur force. Dans ce cas-là on va aussi les mettre en contact avec des personnes qui vont les aiser à ce niveau. Madame L. est une dame qu’on a mis en contact avec une soeur. Pour cette dame, sa chute en rue était une volonté de Dieu. Elle s’est dit: “puisque Dieu la voulu ainsi, je ne vais pas faire des démarches”.  Nous avons pensé: “Tiens, elle a cette ressource de croire en Dieu, donc on a va utiliser cette ressource positivement en la mettant en contact avec quelqu’un qui pourra aussi l’aider autrement qu’en étant fataliste sur les mesures à prendre.

Quelles que soient les ressources – que ce soit la religion ou une autre – nous essayons de la tourner positivement. Un autre exemple. Un monsieur aime bien à la base le jardinage. Pour le moment il est très sale et pas du tout en état de travailler pour un patron. Nous avons essayé de trouver une maison de quartier où il peut arroser les plantes tout près de l’endroit où il fait de la manche, et tous les jours il reprend un petit peu de goût à l’arrosage. Cette maison de quartier a en plus des douches.

Avec la religion nous avons la même approche. Parfois il y a des gens qui ont des accès de colère et en même temps on remarque qu’ils portent un pendentif avec un symbole religieux. Au moment où ça ne va pas et où ils se sentent tristes ou fâchés, on renvoie à ce symbole en disant: “Voilà, ça ira, vous vous sentez pas seul grâce à ça, c’est une force pour vous”. La même chose pour quelqu’un qui aurait une photo de son enfant dans son portefeuille.

S’il s’agit de religion comme ressource principale vous mettez les patients en contact avec quelqu’un qui pourrait leur en parler?

Cela arrive en effet. Comme nous faisons également partie du Collectif des morts de la rue, nous avons des contacts avec des imams et des prêtres et nous savons que nous pouvons faire appel à eux aussi. Évidemment on ne sait jamais ce que ça peut donner. Cela peut être mal pris par la personne concernée. Mais si on constate que malgré les difficultés qui existent en rue la personne croit encore en quelque chose, que ce soit en Dieu ou en quelque chose ou quelqu’un d’autre ou en lui-même, on va chaque fois remettre ça en avant.

Est-ce que tu rencontres parfois de gens où tu te poses la question: d’où est ce qu’ils tiennent leur force?

C’est ce qui nous a marqué dès le début. C’est tellement dur ce qu’ils vivent que d’office ils ont nécessairement une force en eux et c’est à nous de découvrir pour chaque personne que nous suivons sa force à elle, sa ressource de base. Pour tous les patients que nous suivons nous faisons un dossier détaillé. Et sur la première page figurent leurs ressources. Parfois on obtient les ressources au fur et à mesure du suivi et des rencontres. Au début ça peut être des petites choses qu’on a remarquées. Par exemple: c’est quelqu’un de très organisé. Ça  sera sa ressource à lui. Pour quelqu’un d’autre on remarquera: tiens, le commerçant est super sympa avec lui, malgré le fait qu’il se met à l’entrée du magasin et qu’il n’est pas du tout propre. Il a donc réussi à installer un bon climat malgré son manque d’hygiène. Ça veut donc dire qu’il a une certaine force ou un certain don pour une relation pareille. Un autre sera entouré d’amis tout le temps. Peut-être il ne réussit pas à se débrouiller seul, mais en attendant il a cette force d’avoir réussi à rassembler tous ses amis autour de lui. Et donc il a l’art de toucher les gens.

Une fois qu’on a réussi à cibler la force de chaque personne, on l’encourage à s’appuyer d’avantage dessus parce que c’est  une chose qui est sûre: “ça je l’ai en moi”. “Ça je l’ai en moi, je peux m’appuyer dessus, et donc du coup je peux continuer à avancer. Je ne possède peut-être plus rien, vu que je suis en rue, mais au moins j’ai ça. Et d’autres personnes de l’extérieur l’ont remarqué, et il y a quelque chose aussi de rassurant là-dedans”. Pour quasi chaque personne on retrouve cette force intérieure. Cela est d’autant plus frappant que chez beaucoup de gens de l’extérieur, chez les voisins mais même dans le milieu associatif – et ça doit être très dur à vivre – il y a beaucoup de fatalisme autour de la problématique des sans-abris. Souvent on se dit: “lui, il restera toujours sans-abris”. Et malgré ça il doit faire face à sa situation. Non seulement il y a donc l’agressivité et le stress en rue, mais à côte de ça il y a le fatalisme du monde autour. Comme Infirmiers de la rue,  nous avons la chance de connaître un grand nombre de sans-abri qui s’en sont sortis, il est donc important de rappeler cette possibilité de sortie, malgré la difficulté des démarc hes nécessaires. Les fois où cela ne marche pas c’est qu’il y a eu un décès qui était trop rapide ou la personne est en prison ou bien elle disparait et on ne la retrouve plus. Mais sinon pour les autres cas notre démarche a du succès.

Nous conseillons toutes les personnes que nous rencontrons d’aller retrouver les structures médicales habituelles. Les personnes extrêmement vulnérables où il y vraiment un risque de santé et même de survie, ou qui sont exclues du reseau social par leur manque d’hygiène, vont enter dans notre suivi de dossier. Cela implique que nous revoyons chaque semaine leur dossier. Même si nous n’avons plus revu les personnes depuis un bout de temps, nous essayons de mettre des petits objectifs très adaptés à chaque personne. Par exemple: “elle, il faut qu’on la voie pour lui donner une douche à La Fontaine ou au Samu**”. Pour une autre personne ce sera: “lui, n’est pas du tout en état pour prendre une douche. On va lui donner une petite lingette pour qu’il puisse se nettoyer les mains. On va lui donner ça pour qu’il retrouve goût  à l’odeur, au soin de soi. La semaine d’après on notera comme objectif: “Et bien la lingette on va la faire sur son visage”. On est là avec lui et on lui donne l’exemple en le faisant sur nous. Pour chacun on travaille étape par étape. Et puis petit à petit il y a une habitude de l’hygiène qui doit reprendre. Parce que même s’ils prennent à la limite une fois une douche, leur problème est loin d’être résolu. Il faut que l’habitude revienne et que tout d’un coup ils se rendent compte que les choses changent vraiment.

On voit vraiment que ça marche. Normalement la personne sort de notre suivi quand elle a retrouvé une autonomie au niveau de l’hygiène et de la santé. Cela veut dire qu’elle prend des douches régulièrement, minimum une fois par semaine, qu’elle téléphone toute seule à son médecin traitant et qu’elle se rend à temps à son rendez-vous. Si elle arrive à faire cela pour soi-même, pour sa propre santé – ce qui est différent d’une démarche déjà plus abstraite pour un logement ou pour de l’argent – alors elle est capable de vraiment avancer. Même si elle reste en rue, l’autonomie retrouvée est déjà un succès.

 Pour les trois quarts des personnes qui sortent de notre suivi il y a eu l’effet secondaire de trouver un logement. Comme elles retrouvaient l’estime d’elles mêmes et la confiance en soi, même les travailleurs sociaux qui étaient autour et qui avaient complètement perdu courage, voyaient revenir la personne qui était propre. Du coup ils se disaient: tiens, elle va mieux, on peut relancer les rendez-vous chez les propriétaires ou dans les homes.

Le succès de votre travail  s’explique par le fait que votre démarche cible très concrètement l’hygiène. C’est l’aspect physique qui est sans doute le plus intimement lié à l’être humain.

C’est tout à fait ça. Le logement ne dépend pas de la personne parce qu’il faut qu’il y ait de la place disponible. L’argent non plus ne dépend de la personne parce qu’il faut que son dossier soit complet.  L’hygiène par contre dépend directement de la personne, et à partir de là, des progrès sont possibles. Dès les commencements de notre association nous avions cette stratégie en tête: agrandir l’autonomie de la personne en rue en travaillant sur l’hygiène. Naturellement nous avons pu affiner cette stratégie au fil des années. Par exemple l’idée des ressources de la personne a été lancée explicitement il y a un an. Les trois premières années nous l’avions appliquée d’une manière implicite. Maintenant les ressources sont devenues un outil que nous utilisons systématiquement. Mais cela demande un effort. C’est bien de se dire qu’on a l’intention d’utiliser les ressources des sans-abri, mais pour chaque personne il faut tout noter dans son dossier. Une grosse partie du travail est justement de compléter ces dossiers, non pas pour des raisons bureaucratiques, mais pour mieux connaître les ressources des personnes avec qui nous travaillons.

Une des ressources que tu as mentionnée peut être la conviction religieuse ou philosophique de la personne. Si cette personne à son tour vous pose des questions sur vos propres convictions, qu’elle est votre approche?

D’emblée je pense que si la personne a envie de parler de sa propre conviction, je vais l’écouter. Après, si elle me pose des questions je peux choisir d’y répondre ou pas. Il ne faut pas oublier que malgré notre approche personnalisée, nous avons une relation qu’on veut le plus professionnelle possible. Chacun dans l’équipe peut avoir ses convictions personnelles mais ça ne doit pas avoir un impact sur le travail de rue. On est là pour aider la personne au niveau de sa santé et de son épanouissement social. Je n’ai pas le souvenir qu’on m’ait posé des questions sur mes propres convictions, et si on me l’a demandé je n’ai certainement pas répondu quelque chose de très clair. J’ai sans doute dû tourner la question autrement en en reposant une autre pour découvrir ce que la personne recherchait dans sa question: “Pourquoi c’est important pour vous de savoir ce que j’en pense?” ou bien: “Est-ce que vous avez l’impression que si je ne crois pas cela ça n’ira pas?” Sans doute la personne qui nous pose des questions a envie de parler avec quelqu’un vers qui nous allons la diriger.

Vous avez des contacts avec des églises ou des mosquées?

Nous avons des  contacts ponctuels surtout dans le cadre du Collectif des morts de la rue*. Dans certaines communes la mosquée ou l’église est très active. Mais nous n’avons pas encore eu assez la possibilité de collaborer avec les églises et les mosquées. Elles sont en effet des partenaires essentiels car elles rencontrent des personnes que nous ne connaissons pas spécialement.

De la même façon, nous essayons aussi d’adapter les soins à la religion de la personne.  Je pense par exemple à un pansement qui est très bon pour les mycoses, les champignons aux pieds. C’est un pansement qui faut laisser 48 heures minimum. Si la personne est un musulman pratiquant qui fait ses ablutions quotidiennement, nous devons en parler avec elle pour qu’elle puisse continuer ses prières tout en suivant son traitement.

Il y a deux choses remarquables dans la religion musulmane du point de vue de notre travail en rue. Premièrement,  la majorité des musulmans ne boivent pas à cause de l’interdit dans l’islam de consommer de l’alcool. Et, deuxièmement, grâce à leur religion où chaque prière est précédée par des ablutions, ils sont obligés de penser à l’hygiène.  

Dans la religion chrétienne, ce serait plus l’amour du prochain et du partage, ou même la possibilité du pardon, qui seront peut-être les valeurs qui nous aident le plus dans le travail de rue.

De toute façon, quelle que soit la religion, il est important de déceler si cela peut être une ressource pour la personne, et si c’est le cas, de pouvoir s’appuyer sur cela pour avancer. En même temps, il faut toujours se souvenir aussi que chaque personne est unique, et que c’est l’utilisation de toutes les ressources propres de la personne, pas seulement la religion, qui va permettre les changements, les progrès”.

* Groupe d’associations et de particuliers qui oeuvrent pour une enterrement digne des sans-abri bruxellois
** Deux associations qui accueillent des personnes sans abri à Bruxelles

© Axcent 

Over innerlijke kracht, armoede en zingeving. Een gesprek met een straatverpleegster

Een paar jaar terug interviewde Axcent Emilie Meesen, coördinatrice van de vzw Infirmiers de rue – straatverplegers. Aanleiding was een interlevensbeschouwelijk benefietconcert ten voordele van de vereniging (oktober 2010).

Het interview is nog steeds actueel.

De straatverplegers werken aan de bevordering van hygiëne en gezondheid bij mensen die in Brussel op straat leven. Hun handvest bepaalt nadrukkelijk dat de organisatie “apolitiek (is) en zonder religieuze overtuiging”. Zij zijn net zoals Axcent lid van het Collectief Straatdoden, een koepelorganisatie die jaarlijkse een pluralistische ceremonie organiseert voor de mensen die aan hun dakloos bestaan voortijdig zijn overleden.

“Als straatverplegers werken we met heel marginale personen. Ze kunnen over een woning beschikken, maar de meeste van onze patiënten hebben geen vaste woonst. In het algemeen weerspiegelt hun marginaliteit zich in grote hygiënische problemen. Ze hebben geen aandacht meer voor zichzelf en door hun gebrekkige hygiëne sluiten ze zich nog meer uit. Men kan om meerdere redenen uitgesloten zijn. Wij concentreren ons op dit ogenblik op mensen die door hun gebrek aan hygiëne tot de meest uitgesloten groep behoren. Met de tijd hopen we ook andere personen met andere gezondheidsproblemen te kunnen helpen. Onze vzw verricht werk op straat, staat in voor vormingen en ontwikkelt preventiemiddelen.

Het werk op straat gebeurt steeds overdag. We gaan op zoek naar de mensen die op straat leven: hetzij op eerder toevallige manier, hetzij op  vaste plekken. Soms gebeurt het dat men ons ook oproept: dat kan door een vereniging zijn, de politie, een winkelier, een buur of een dakloos persoon. Men belt met het bericht: kijk, er is hier iemand die klaarblijkelijk zorgen nodig heeft, in elk geval is hij niet heel schoon en hij zit hier al lang. Als we bij de persoon zijn aangekomen zoeken we uit of hij bewust is van zijn toestand en bekijken we wat er scheelt. We  focussen echt op de zelfperceptie van de persoon in kwestie. We helpen hem om zich bewust te worden van wat hij is, wat hij waard is en wat hij kan bereiken. Beetje bij beetje begint hij in te zien dat er van alles mogelijk is en er nog plannen kunnen worden gemaakt. Recent nog hadden we het geval van een aantal mensen die lange tijd (15, 13 en 11 jaar) op straat hadden geleefd. Omdat ze opnieuw hun eigen hygiëne in de hand hadden genomen en weer smaak kregen voor de zorg voor zichzelf en voor het leven in het algemeen, vonden ze zelfs een woning, terwijl ze al heel lang zonder dak boven het hoofd waren en iedereen uit hun omgeving zich bij hun situatie had neergelegd. Het was magnifiek om aan te tonen dat verandering nog mogelijk was.

Maar opdat het op die manier kan werken en de persoon vooruitgang boekt en zijn zelfwaardering en zelfvertrouwen terugvindt, is er een hele weg te gaan. Het klopt dat we vooral aan de hygiëne werken, maar de persoon moet zich ook rekenschap geven dat hij nog in staat is om van alles te ondernemen en er dingen zijn om van te houden en hij niet alleen omringd is door afschuwelijke dingen, zelfs als het leven op straat echt stresserend is. We proberen dus bij iedere persoon de eigen vermogens te ontdekken, dat wil zeggen wat hij graag doet, waar hij talent voor heeft  en waar hij naar streeft. Voor iedere persoon proberen we vast te leggen wat van gunstige invloed op hem kan zijn. Dat kan ons helpen om positief met hem te communiceren en wanneer de situatie moeilijk wordt steeds terug te kunnen vallen op iets opbouwends. Zo brachten we meneer M.,  die  fan is van Johnny Halliday, toen hij in het ziekenhuis lag postkaarten met Johnny Halliday.

Voor sommigen is religie hun kracht. In dat geval brengen we ze in contact met mensen die hen op dat niveau tegemoet kunnen komen. Mevrouw L. is een dame die we in contact brachten met een zuster. Voor die dame was haar val op straat de wil van God. Ze zei tegen zichzelf: “aangezien God het op die manier heeft gewild, ga ik zelf niets ondernemen”. We maakten toen de overweging: “Kijk eens aan,  zij beschikt over dit vermogen om in God te geloven, laten we het in positieve zin gebruiken door haar in verbinding te stellen met iemand die haar op een andere dan fatalistische manier kan helpen bij het treffen van maatregelen”.

Ongeacht de aard van de persoonlijke vermogens – of die nu religieus is of iets anders  – proberen we die een positieve draai te geven.  Ik geef een ander voorbeeld. Een heer houdt erg van tuinieren.  Voor het ogenblik is hij heel vuil en helemaal niet in staat te werken voor een baas.  We hebben voor hem een buurthuis vlakbij de plek waar hij bedelt gevonden waar hij de planten kan begieten. Iedere dag heeft hij weer wat meer plezier in zijn klus. Bovendien stelt het buurthuis douches ter beschikking.

Met religie hebben we eenzelfde benaderingswijze.  Soms zijn er mensen die aan woedeaanvallen ten prooi vallen. Als ze een hangertje met een religieus symbool dragen spreken we ze op ogenblikken dat het echt niet gaat en ze zich droef of boos voelen op die manier toe: “Rustig maar, het komt in orde, dankzij dat symbool voelt u zich niet alleen, voor u is het een kracht”. Hetzelfde geldt voor iemand die een foto van zijn kind in zijn portefeuille zou hebben.

Wanneer de religie het belangrijkste vermogen is stellen jullie de patiënten in verbinding met iemand die er met hen over kan spreken?

Dat gebeurt inderdaad. Doordat we ook lid zijn van het Collectief straatdoden*  staan we in contact met imams en priesters op wie we beroep mogen doen. Natuurlijk weten we nooit op voorhand wat het resultaat is. De betrokken persoon kan het verkeerd opvatten. Maar als we vaststellen dat hij ondanks de moeilijkheden op straat blíjft geloven in iets – in God of in iets of iemand anders of in zichzelf – zetten we dat in de verf.

Kom je soms mensen tegen bij wie je je afvraagt waar ze hun kracht vandaan halen?

Dat heeft ons vanaf het begin getroffen. Wat ze meemaken is zo veschrikkelijk hard dat ze wel moéten beschikken over een innerlijke kracht.  Het is onze opdracht om bij iedere persoon die we volgen zijn karakteristieke kracht, zijn grondvermogen te ontdekken. Voor al onze patiënten stellen we een gedetailleerd dossier op. En op de allereerste bladzijde staan hun persoonlijke vermogens opgetekend. Soms ontdekken we ze pas geleidelijk aan tijdens de opeenvolgende ontmoetingen. In het begin kan het gaan om kleine dingen die ons zijn opgevallen. Bij voorbeeld: het is iemand die zeer goed is georganiseerd. Dat wordt dan zijn persoonlijk vermogen. Bij iemand anders valt ons op: “Kijk eens aan, de winkelier is bijzonder vriendelijk met hem ondanks het feit dat hij zich aan de ingang van de winkel opstelt en hij helemaal niet schoon is. Hij is er dus in geslaagd een goed klimaat te scheppen in weerwil van zijn gebrekkige hygiëne. Dat betekent dat hij een zeker vermogen of een zeker talent aan de dag legt voor zo’n relatie”. Iemand anders is de hele tijd omringd door  vrienden. Misschien slaagt hij er niet in zich alléén te behelpen, maar intussen beschikt hij toch maar over die kracht om al zijn vrienden om zich heen te verzamelen. En dus verstaat hij de kunst mensen te raken.

Wanneer we erin geslaagd zijn de vermogens van ieder persoon af te bakenen, moedigen we hem aan er sterker op te steunen, want het gaat om iets dat zeker is: “dat heb ik in mij” .  “Dat heb ik in mij, ik kan erop steunen, en meteen kan ik daardoor vooruitgang boeken.  Als straatbewoner mag  ik dan misschien niets meer bezitten, maar dát heb ik tenminste. En andere mensen uit mijn omgeving is het ook opgevallen, en dat geeft me nog meer vertouwen”.  Bij zo goed als iedereen vindt men die innerlijke kracht terug. Dat valt des te meer op als je bedenkt dat de buitenwereld, de buren en zelfs het maatschappelijke middenveld niet zelden fatalistisch staan tegenover de problematiek van de daklozen. Het moet verschrikkelijk hard zijn om het mee te maken, maar vaak wordt er gezegd: “die daar, die blijft z’n hele leven lang dakloos”. En niettemin moet hij de situatie het hoofd bieden. Niet alleen is er de de agressiviteit en de stress op straat, maar daarbij komt nog het fatalisme van de omgeving. Als Straatverplegers  hebben we het geluk een groot aantal daklozen te kennen die er zijn uit geraakt. Het blijft dus van essentieel belang om te wijzen op deze uitweg in weerwil van de moeilijke weg ernaartoe. De keren dat het niet lukt hebben te maken met een voortijdig overlijden, een opsluiting in de gevangenis of een spoorloze verdwijning. Maar in alle andere gevallen wordt onze onderneming met succes bekroond.

We geven iedereen die we ontmoeten de raad beroep te doen op de gebruikelijke gezondheidsvoorzieningen. De meest kwetsbaren die een verhoogd gezondheidsrisico lopen of wiens leven zelfs in gevaar is of die van een sociaal netwerk zijn afgesloten door hun gebrek aan hygiëne, worden door ons gevolgd. Dat houdt in dat we ons wekelijks over hun dossier buigen. Zelfs als er een lange tijd is overheen gegaan sinds we de persoon in kwestie hebben gezien, proberen we kleine aan iedere persoon aangepaste oogmerken voorop te stellen. Bij voorbeeld: “haar moeten we bezoeken om haar een douche te geven in La Fontaine of in de Samu**”. Voor iemand anders luidt het: “hij is helemaal niet in staat om een douche te nemen. We geven hem een vochtig doekje om er zijn handen mee schoon te maken. We gaan hem dat geven opdat hij weer open staat voor de lekkere geur en voor de zorg voor zichzelf”. De week daarop stellen we ons tot doel: “Nu gaan we met het doekje over zijn gezicht”. We zitten naast hem en geven hem het voorbeeld door het op onszelf aan te brengen. Bij iedereen werken we stapje bij stapje. En beetje bij beetje moet er een hygiënische gewoonte ontstaan. Want zelfs als ze één keer douche nemen, is hun probleem verre van opgelost. Het is zaak dat het weer een gewoonte wordt en dat ze opeens beseffen dat de dingen werkelijk veranderen.

En we merken dat het echt werkt. Normaliter stoppen we met het opvolgen van de persoon op het ogenblik dat hij qua hygiëne en gezondheid zijn autonomie heeft teruggevonden. Dat komt er op neer dat hij regelmatig en minstens één keer per week doucht, alléén naar zijn arts belt en op tijd de afspraak nakomt. Als hij voor zijn eigen gezondheid weet in te staan – wat minder abstract is dan een woning of geld – dan kan hij echt vooruitgaan. Zelfs indien hij op straat blijft is de herwonnen autonomie al een succes.

Bij drie kwart van de personen die door ons zijn behandeld is er het secundaire gevolg dat ze een logement vonden.  Doordat ze hun zelfwaardering en zelfvertrouwen terugvonden en weer schoon waren, brachten ze de sociale werkers, die inmiddels alle hoop hadden opgegeven, op het idee om opnieuw afspraken bij eigenaars of in tehuizen te maken.

Het succes van jullie werk vindt zijn verklaring in het feit dat jullie onderneming heel tastbaar op de hygiëne gericht is. Het lichamelijke aspect is waarschijnlijk het meest intiem verbonden aan de menselijke persoon.

Dat is het helemaal. Een logement hebben hangt niet van de persoon af want er moet plaats beschikbaar zijn. Geld krijgen hangt evenmin van de persoon af want zijn dossier moet in orde zijn. Hygiëne daarentegen hangt onmiddellijk van de persoon af en op dat vlak is vooruitgang mogelijk. Van bij het ontstaan van onze vereniging stond ons deze strategie voor ogen: het verhogen van de autonomie bij de persoon die op straat leeft door te werken aan de hygiëne. Uiteraard werd deze strategie in de loop der jaren verfijnd. Zo is het idee van de persoonlijke vermogens nadrukkelijk een jaar geleden gelanceerd. De eerste drie jaar was het impliciet van toepassing. Thans vormen de vermogens een instrument dat we systematisch toepassen.  Maar dat vraagt een inspanning. Het is allemaal goed en wel om zich voor te nemen de persoonlijke vermogens van de daklozen te gebruiken, maar voor iedere persoon moet alles worden opgetekend in zijn dossier. Een groot stuk van het werk bestaat er juist in deze dossiers aan te vullen, niet om bureaucratische redenen, maar om beter de vermogens te leren kennen van de personen met wie we werken.

Een van die vermogens die je eerder ter sprake bracht kan de religieuze of levensbeschouwelijke overtuiging van de persoon zijn. Als die persoon op zijn beurt jullie vragen stelt over jullie eigen overtuigingen, wat is dan jullie benaderingswijze?

Indien de persoon de behoefte voelt om over zijn eigen overtuiging te spreken, zal ik spontaan luisteren. Als hij me vervolgens vragen stelt kan ik nog altijd beslissen te antwoorden of niet. Men mag niet uit het oog verliezen dat we er ondanks onze gepersonaliseerde werkwijze naar streven de relaties zo professioneel mogelijk te houden. Het staat iedereen van de ploeg vrij persoonlijke overtuigingen te hebben, maar dat mag geen invloed hebben op het werk op straat. We zijn er om de persoon vooruit te helpen op het vlak van zijn hygiëne en sociale ontplooiing. Ik herinner me niet dat men ooit naar mijn persoonlijke levensovertuiging vroeg, en als men me er toch naar gevraagd heeft moet mijn antwoord  in elk geval niet erg duidelijk zijn geweest. Waarschijnlijk heb ik de vraag met een tegenvraag  een andere richting gegeven om te achterhalen waar de persoon met zijn vraag op aanstuurde: “waarom vindt u het belangrijk te weten wat ik er zelf van denk?” ofwel: “Hebt u het gevoel  dat indien ik iets niet geloof de zaken slechter zouden gaan?” Waarschijnlijk heeft de vragensteller de behoefte om met een persoon in verbinding te worden gesteld met wie hij kan spreken.

Hebben jullie contacten met kerken of moskeeën?

We hebben vooral regelmatige contacten in het kader van het Collectief van straatdoden. In sommige gemeenten is de moskee of kerk heel actief. Maar we hebben nog niet voldoende de gelegenheid om met de kerken en moskeeën samen te werken. Zij zijn zonder twijfel essentiële spelers want zij ontmoeten personen die wij niet noodzakelijk kennen.

Op dezelfde manier proberen we ook de zorgen aan te passen aan iemands persoonlijke religie.  Ik denk bijvoorbeeld aan een verband dat heel gunstig is tegen mycosen, schimmels aan de voeten. Het gaat om een verband dat men minumum 48 uur moet laten werken. Als de persoon een praktiserend moslim is die dagelijks zijn rituele wassingen uitvoert, moeten we er met hem over praten opdat hij kan blijven bidden en tegelijk zijn behandeling volgen.

Vanuit het oogpunt van ons werk op straat zijn er twee bijzondere zaken aan het islamitisch geloof. Ten eerste drinkt de meerderheid van moslims geen alcohol vanwege het verbod in de islam. En ten tweede zijn ze dankzij hun godsdienst die voor ieder gebed rituele wassingen voorschrijft verplicht om aan hygiëne te denken.

In de christelijke godsdienst zouden de naastenliefde en de zin voor het delen, of zelfs de mogelijkheid tot vergeving, waarden kunnen zijn die ons werk op straat vergemakkelijken.

In elk geval is het belangrijk om ongeacht het geloof uit te maken of het voor de persoon een bron van kracht kan betekenen, en zo ja, erop te steunen om vooruit te gaan. Tegelijk moet men blijvend bewust zijn dat iedere persoon uniek is en dat de inzet van alle vormen van persoonlijke kracht, en niet alleen van religie, de garantie biedt op verandering en voortuitgang”.

* Groep van verenigingen en particulieren die instaan voor een waardige begrafenis van dakloze Brusselaars
** Beide verenigingen vangen dakloze mensen in Brussel op

© Axcent

Marcel Cloet (christendom)

1. Wie ben je?

Ik ben christen, katholiek en al 45 jaar priester. Ik heb 26 jaar voor de nationale en internationale christelijke arbeidersbeweging gewerkt en ben heel sterk actief geweest in verschillende solidariteitsorganisaties, waaronder Welzijnszorg en Kerkwerk Multicultureel Samenleven (KMS). Daarnaast ben 8 jaar pastoor geweest in een parochie in de Panne.  Nu ben ik verantwoordelijk voor de Nederlandstalige pastoraal in Sint-Gillis (Brussel).

Eigenlijk doet mijn biografie er niet toe. Ik vertel die dingen om de achtergrond te schetsen van waaruit ik geleidelijk aan bewust werd van de grote ongelijkheid in de maatschappij.

Ik kom nog uit de periode dat standen wat te betekenen hadden in Vlaanderen. Vlaanderen werd gedomineerd door één partij, de CVP (Christelijke Volkspartij, voorloper van de huidige CD&V, nvdr) , en de standen in de CVP hadden 40 jaar geleden een doorslaggevende betekenis. Ik herinner me nog heel goed welke vooroordelen in welke stand speelden. Je hoorde wat arbeiders, boeren en middenstanders over elkaar te vertellen hadden. Iedereen leefde in zijn eigen kringetje en zijn  denkwereld werd in grote mate bepaald door zijn sociaal-economische positie. Dat heb ik toen proefondervindelijk geleerd:  de sociaal-economische situatie en de arbeid die je verricht bepalen verregaande een mensenleven.

Tussen de standen was er grote ongelijkheid. Maar ook binnen iedere stand waren de tegenstellingen groot. In iedere stand zaten de kleintjes die door de mazen van het sociaal vangnet vielen. Zelf kwam ik uit de boerenstand en mijn vader maakte me voortdurend attent op de kleine boeren die de een na de andere zo maar verdwenen. Mijn eerste werk was in de arbeidersbeweging en daar leerde ik de problematiek van de arbeidersklasse en het arbeidersvraagstuk kennen. Na dertien jaar arbeidersbeweging kwam ik in een parochie in de Panne waar ik vooral met middenstanders te maken kreeg. Niet anders dan bij de boeren en de arbeiders zag ik ook daar schrijnende gevallen van armoede. Voor de drie standen gold hetzelfde principe: sociale organisaties zijn sterk om de sterken te verdedigen en zwak om de zwakken te verdedigen. Want de middenstandorganisatie kon eigenlijk niets doen voor kleine midddenstanders die failliet gingen en met grote schulden waren aangewezen op de bijstand.

Vandaag is de rol van de standen uitgespeeld. Maar de maatschappelijke ongelijkheid en het taboe daar rond blijven even groot. Wie bovenaan staat wil de grote ongelijkheid met wie onderaan staat liefst niet verwoorden. Men vindt het wel jammer voor degenen die onderaan staan, maar men voelt zich niet geroepen om met hen  een duurzame band aan te gaan. Dat is de fundamentele problematiek van mensen in armoede. Nog steeds.  Ze horen er eenvoudig weg niet bij. Toen niet en vandaag niet.

2. Waarom is voor jou de interlevensbeschouwelijke dialoog belangrijk en waarom heb je je aangesloten bij Axcent?

Het vertrekpunt van mijn interesse in de interlevensbeschouwelijke dialoog is de realiteit van de diversiteit aan levensbeschouwingen en het maatschappelijke  belang van religie en levensovertuiging vandaag de dag.

Tot tien jaar geleden maakte ik nogal eenzijdig een analyse in termen van secularisering: de secularisering zou verder toenemen en er zou steeds minder van religie of georganiseerde levensovertuiging overblijven, met agnosticisme of atheïsme als eindpunt. Bepaalde groepen in de wereld zaten misschien nog niet zo ver als wij op die seculariseringslijn, maar ze zouden wel volgen. Intussen ben ik van die positie teruggekomen. Professor Lieven Boeve van de KUL is overtuigd dat we die analyse in termen van secularisering moeten vervangen door een analyse in termen van pluralisering. We evolueren naar een veelheid van religieuze en niet-religieuze levensbeschouwingen die allemaal naast elkaar leven en waartussen interactie is. Ik denk inderdaad dat die beschrijving klopt. Dat hebben we niet alleen aan de moslims maar ook aan de boeddhisten te danken: hun aanvraag tot erkenning drukt ons met de neus op het feit dat wij als katholieken niet alleen op de wereld zijn.

Je moet namelijk weten dat ik vijftig jaar lang opgegroeid ben in een homogeen katholieke wereld. De Nederlandse en Duitse katholieken hadden gelukkig nog protestanten in hun buurt wonen. Wij in Vlaanderen kenden misschien een atheïst die niet naar de mis ging, maar dat was dan de een of andere “halve gare” met wie je geen rekening hoefde te houden.  En plots is die wereld gaan seculariseren. En omdat er geen andere levensbeschouwingen op het terrrein aanwezig waren die het tegendeel konden aangeven, kon je als Vlaming gemakkelijk denken dat die secularisering rechtlijnig en universeel  zou verlopen. Dankzij vooral de migratie zijn we afgestapt van het seculariseringsmodel en zijn we op het model van pluralisering overgestapt.

Laat er echter geen misverstand over bestaan. Zelf zit ik met een vergaand geseculariseerd geloof en ben daar niet rouwig om. Ik zou zeggen: wat een gelúk dat wij katholieken geseculariseerd zijn! Ik kan helemaal geen weg meer met het geloof van mijn kinderjaren. Ik moet een geseculariseerd geloof hebben om nog gelovig te zijn. In dat opzicht is secularisering een positief gegeven dat ons niet noodzakelijk tot agnosticisme of atheïsme brengt. Ik kan mij niet voorstellen dat de islam en andere religies geen vergaande secularisering zullen doormaken. Niemand leeft nog op een eiland. Maar secularisering als uitdieping van het geloof ten gunste van het mysterie is een wereld van verschil met secularisering als afsluiting  van elke openheid op transcendentie en zingeving. De eerste vorm zorgt voor de noodzakelijke uitzuivering van het geloof (precies zoals de mystici hun geloof uitzuiverden om alleen het mysterie over te houden). De tweede vorm is secularisme dat alle transcendentie in het bestaan uitsluit.

Levensbeschouwing  is dus een heel belangrijke factor in het samenleven van mensen. Een mens is persoon-in-gemeenschap en als we hem zien als een individu los van de gemeenschap  zijn we verkeerd bezig. Levensbeschouwing verhoogt de kwaliteit van het leven, zorgt voor een kader waarin plaats is voor de grote levensvragen en geeft een houvast. Mogelijke conflicten die dat samenleven bedreigen is de keerzijde van de medaille. Gemengde huwelijken zijn niet vanzelfsprekend, om maar te zwijgen over vormen van tribalisme en oorlog die met levensbeschouwelijke tegenstellingen te maken hebben. Dat laatste brengt de mensen ertoe te besluiten dat religie de oorzaak is van alle oorlogen.

Vandaar dat de interlevensbeschouwelijke dialoog zo verschrikkelijk belangrijk is. Om de rijkdom van de diversiteit niet verloren te laten gaan en om het samenleven door een actief pluralisme te bevorderen moeten we met elkaar in dialoog gaan.

Hoe dan?

Axcents maatschappelijke invalshoek heeft mij altijd sterk aangesproken. Een gesprek over de geloofsinhoud op zich loopt vaak vast in een steriele discussie. Samen kijken naar maatschappelijke realiteiten is heel leerzaam en schept verbondenheid. Wat hebben we elkaar te zeggen over, bijvoorbeeld,  de arbeidersproblematiek?  Zo een onderwerp kan de levensovertuigingen samenbrengen voor een maatschappelijke relevante dialoog. Weet je, toen ik jong was ben ik twee maanden in de mijn gaan werken, 800 meter onder de grond. Daar merk je zeer goed dat arbeid de mens maakt. Als je twintig jaar pastoor bent ben je getekend, als je twintig jaar mijnwerker bent ben je hier ook door getekend. Arbeid maakt de mens, en géén arbeid hebben maakt hem kapot.

3. Wat is het verband tussen levensovertuiging en economie?

Laatst las ik nog dat de 400 rijkste Amerikanen even veel bezitten als de 150 miljoen armste Amerikanen. En de Republikeinen, die nota bene veelal christen zijn, willen bovendien dat 40 miljoen mensen zonder ziekteverzekering blijven. Dat is toch godgeklaagd?  Hoe reageer je daarop vanuit je levensbeschouwing?  Dat is de invalshoek die Axcent wil leggen. En niet alleen: wat hebben ik en jij daarover te zeggen? Maar ook: wat gaan jij en ik daar samen aan doen?

Recent hebben we met Axcent beslist om de volwassenenwerking helemaal op economie toe te spitsen. Ik ben daar heel blij mee. Waarom?  Wegens de dominante rol van de economie in onze samenleving. Als ik me niet vergis sprak de pauselijke encycliek Quadragesimo anno indertijd (1931, nvdr) over de “dictatuur van de economie ”. We zouden nu eerder moeten zeggen: de dictatuur van het kapitaal. Zo draait onze wereld. Je moet maar de financiële crisis bekijken: daar is toch de dictatuur van het kapitaal aan het werk? Als Renault zijn deuren sluit in Vilvoorde en meer dan 3000 mensen op straat worden gezet, gaat de koers van het aandeel de volgende dag met 13% de hoogte in. Dat is toch de dictatuur van het kapitaal? Misschien was het vroeger niet anders. Maar in wat we nu het neoliberale kapitalisme noemen, is dat fenomeen alleen maar versterkt omdat met Thatcher en de Chicago Boys op kop de bestaande correctiemechanismen systematisch werden afgebouwd. Bepaalde regels gaven een stuk bescherming aan de werknemers. Die worden nu de een na de andere ontmanteld. Levensnoodzakelijke dingen worden geprivatiseerd om er winst mee te maken. Onze maatschappij heeft de keuze voor de Mammon gemaakt, om het in een typisch christelijke evangelische taal te zeggen.

Ik ben volstrekt geen economist, maar vanuit mijn ervaring kom ik tot het volgende. Simpel gezegd heb je drie werelden: de wereld van de economie, de wereld van de politiek en de sociale en culturele wereld. Wat zien we op dit moment? Dat die wereld van de economie, van het kapitaal, van multinationals, zowel de politieke wereld als de sociale en culturele wereld totaal domineert. De invloed daarvan is ongelooflijk groot. Omgekeerd is de invloed van de politieke en sociale sfeer op de economie zo goed als onbestaande: we staan er op te kijken als een hond op een zieke koe. Het beeld is misschien goed gekozen. De koe is inderdaad ziek en we staan misschien te blaffen, maar er komt nauwelijks beweging in. Hoeveel invloed hebben de syndicaten nog op de economie? Ze zouden wereldspeler moeten zijn maar dat zijn ze helemaal niet.  Het neoliberalisme heeft de rol van overheid zo goed als geschrapt.  Dat noem ik de dictatuur van de economie en vandaar het belang daar heel intens mee bezig te zijn. De gevolgen van die dictatuur op sociaal en ecologisch vlak – dat laatste moeten we er nu systematisch bij gaan nemen, omdat we daar bewuster van geworden zijn – zijn desastreus.

In dat licht wil ik graag meewerken: hoe staan levensbeschouwingen daar tegenover? Zijn ze daarmee bezig en welke rol zien ze voor zichzelf weggelegd? En áls ze daarmee bezig zijn, vinden ze dat problematisch of niet? Daarover moeten we dringend in dialoog gaan met elkaar.  We moeten samen onze bijdrage leveren om  de machtsverhoudingen om te keren en de dictatuur van de economie onderuit te halen, en zo sociale correctie en sociale bescherming van mensen opnieuw mogelijk maken.  Anders is onze maatschappelijke relevantie als religie of levensovertuiging heel beperkt.

4. Wat zou je eigen inbreng kunnen zijn?

In het  vormingswerk heb ik geleerd dat je in zo’n proces moet vertrekken van bij de mensen zelf.  Anders praten we naast hen heen.  We hebben heel ons leven gepreekt en gepreekt en de mensen weten vaak nog niet waarover het eigenlijk gaat.  We gaven antwoorden op vragen die ze niet stelden.  We hebben onvoldoende geluisterd en hun vragen als uitgangspunt genomen.

Ook in de dialoog moeten we vertrekken van waar de deelnemers aan het gesprek staan.  En sommigen staan op dat vlak nog nergens. Dat moeten we respecteren. De vraag is dus met welk publiek we willen werken en wat we denken zelf daarin te kunnen bijdragen. We moeten goed luisteren naar mekaar en proberen samen vooruit te gaan. Anders heeft dialoog geen zin, is het geen dialoog. Het resultaat van een echte dialoog (en de vreugde die je er aan beleeft) is niet zozeer  het bereikte eindpunt maar wel  het aantal stappen dat je samen hebt gezet. Dat vraagt enorm veel geduld. Dialoog, dat is marathonwerk, dat is niet voor spurters. Als je niet bereid bent een marathon te lopen moet je er niet aan beginnen. Je kunt wel leren marathon te lopen, dat is nog wat anders. Maar je moet weten dat het over marathon gaat. En dan denk ik ook aan onze subsidiërende opdrachtgevers. Wat willen ze als output? Willen ze grote en schone brochures of mogen we zeggen: we zijn met die groep vijf stappen vooruitgegaan? Dialoog vraagt geduld, is bescheiden en is in dat opzicht vergelijkbaar met vormingswerk. Je kunt er niet altijd mee uitpakken, maar het is vaak bevrijdend voor de mensen met wie je werkt.

Ik wil graag meedenken in heel dat proces. Ik droom ervan dat vanuit Axcent een model, een werkvorm voor dat soort dialoog zou kunnen groeien, die zo aanstekelijk werkt  dat er binnen enkele jaren heel wat mensen en groepen zo op weg zijn met mekaar. Dit zou een belangrijke bijdrage zijn aan een betere wereld.

Dan zal ik  meer dan ooit kunnen geloven: “Un autre monde est possible”.

Liem Dao (bouddhisme)

1. Qui es-tu?

“Je suis bouddhiste, mais non pas par choix personnel ou “par baptême” – faute d’un meilleur terme. A l’instar d’Obélix, je suis tombé …dans le bouddhisme quand j’étais enfant. Ma vie est imprégnée par le bouddhisme aussi bien dans ses aspects pratiques que ses aspects rituels.

Au point de vue convictionnel, je citerai le père Teilhard de Chardin: “Tout ce qui s’élève, converge”, en ce sens que toutes les religions vous enseignent le bien, et l’addition des “biens” engendre un “Bien” avec un “B” majuscule.

Retraité depuis 11 mois, mon dernier travail était celui d’archiviste dans une administration publique. Depuis ma retraite je n’ai jamais été aussi occupé. C’est peut-être la première fois que je fais ce que j’ai vraiment envie. Pour ma part, le travail équivalait à une punition. C’est une assertion malencontreuse, alors qu’il y a tant de personnes sans travail. Vous me direz que “punition” implique une autorité qui sanctionne…A mon corps défendant, c’était ainsi que je considérais un travail alimentaire. Cela aurait été différent si j’avais pu exercer un travail qui me convenait : “L’homme qu’il faut à la place qui lui convient”. J’ai eu ce pénible sentiment tout au long de ma carrière de salarié qui a duré en tout 35 ans. Je crois d’ailleurs que c’est le lot de tout le monde. Peut-être 90% des gens subissent le métier, je dis bien subissent le métier, mais ne l’exercent pas. “Subir” un métier implique être passif. “Exercer”, c’est vous qui prenez l’initiative. Vous êtes actif.

Par ailleurs, par boutade je suis un professionnel dont on se demande quelle est la profession. A part la traduction, tâche bien spécifique, c’est du multitasking. Si je devais accomplir un travail j’essaierais de le faire convenablement, même si c’était sans conviction. Par exemple, du jour au lendemain j’ai été catapulté pour traduire du français en néerlandais, alors que le néerlandais n’était pas ma langue forte.

Comme formation, j’avais obtenu une petite bourse pour étudier la sociologie. Ce n’était pas mon bol de riz, mais bon, cette bourse m’avait permis de me rendre à l’étranger. Au bout de deux ans l’organisme d’octroi des bourses n’avait plus de ressources financières. Je n’avais plus de bourse. J’étais en troisième Baccalauréat, en sociologie. J’ai toujours aimé étudier la philologie. A l’époque, les années soixante-dix, il fallait étudier la philologie romane (je ne connais pas le latin) ou la philologie germanique (je connais l’anglais mais une seconde langue germanique me fait défaut). J’ai donc suivi une formation en traduction trilingue (anglais – espagnol – français) à l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes, à Bruxelles. J’ai également terminé ma maîtrise en sociologie à l’ULB + un diplôme en traduction.

2. Qu’est-ce qui t’attire dans le dialogue interreligieux et interconvictionnel et pourquoi es-tu devenu membre du conseil d’administration d’Axcent?

“C’est un peu par la force des choses. Au Vietnam, la société est multiculturelle et multilingue. Je me suis retrouvé à Bruxelles à l’âge de 19 ans. C’est une petite ville européenne qui est aussi multiculturelle et multilingue. De par ma formation, même si je n’étais pas très enthousiaste pendant les études, j’ai quand même suivi pas mal de cours relevant de la sphère des sciences humaines, durant mes cinq années d’étude de sociologie. C’est un peu une tarte à la crême, mais j’ai toujours cru au dicton: “Si vous êtes différent de moi, vous m’enrichissez”. C’est un peu ma conviction de départ.

Je crois que c’est Benjamen Lee Whorf qui a développé la notion de métalinguistique, c’est-à- dire tout ce qui relève de la sphère culturelle et qui influence la langue. On a souvent dit que si l’on prenait la peine de comparer la langue parlée à Dover à celle parlée à Calais, on aurait trouvé des théories anthropologiques aussi intéressantes que si l’on était allé jusqu’au Pacifique, comme Malinowski l’avait fait. Les Anglais disent “I swimm across the river”. Les Français disent: “je traverse la rivière à la nage”. Il y a déjà un changement de point de vue. Alors que les Anglais insistent sur le moyen, c’est-à-dire la natation pour traverser la rivière, les Français insistent sur le but: la traversée de la rivière. Un deuxième exemple. À Dover on dit: “I’ve got a guilty conscience”. À Calais, par le procédé de contraire négativé, on dirait: “je n’ai pas la conscience tranquille”. Tout l’éclairage est dans ces expressions pour deux peuples qui sont géographiquement très proches. Je suis Asiatique, je me retrouve en Europe, cela est d’autant plus révélateur pour moi.

Pour répondre à la deuxième question, pourquoi je suis devenu membre d’Axcent: un moment donné j’ai voulu cessé d’être consommateur et commencer à être un peu producteur. Maintenant que le bâton du travail est derrière moi, je suis beaucoup plus ouvert à produire.

“Produire”, dans ce sens où je suis un rien plus actif, alors que comme consommateur, je lisais surtout. Ainsi, durant mes études, j’ai plus ou moins étudié le livre de Marcel Niedergang “Les vingt Amérique latine” sur les spécificités de chacun des pays hispanophones, dans le cadre de la chaire “Structure politique, économique, sociale et culturelle des pays de langue espagnole / de langue anglaise / de langue néerlandaise…) . C’est de la consommation. Je restais bien tranquille, dans mon coin, à potasser ce livre au lieu de participer aux activités de la Maison de l’Amerique latine.

Dans ce sens, Axcent me donne l’occasion d’être un peu plus “productif” dans la multiculturalité. N’oublions pas que j’ai déjà participé à votre dvd Boeddha in de stad [Bouddha dans la Ville (2009)du cinéaste Konrad Maquestieau, en co-production avec Axcent]]. C’était aussi une démarche multiculturelle et multiconvictionnelle. Connaissant le bien-fondé qui anime ce genre d’associations, j’ai moins de réticences à y participer.

3. Quels sont d’après toi les rapports entre la religion/conviction et l’économie?

Au pied levé, je citerai Karl Marx: il y interaction entre infrastructure (les rapports socio-économiques) et superstructure (les représentations idéologiques et religieuses).

Relisons Max Weber. Nos voisins du Nord le savent très bien: des signes extérieurs de richesse prouvent que l’on se comporte convenablement aux yeux de Dieu. On n’a qu’à voir les pays à majorité protestante comme les Pays-Bas, la Confédération helvétique, l’Allemagne, les pays scandinaves…Tous ces pays sont mûs par le protestantisme. C’est un cliché, mais dans les pays du Sud, comme l’Espagne et l’Italie, qui sont catholiques, l’économie fonctionne moins bien ou laisserait plus à désirer. Dans tout cliché comme dans toute caricature il y a une part de vérité.

Côté asiatique, ce que l’historien Arnold Toynbee appelle les quatre “Chine”, (la Chine, la Corée, le Japon et le Vietnam) ont une éthique de travail confucéenne, et pas du tout bouddhiste. Le confucianisme repose sur cette norme fondamentale: s’impliquer dans la société. S’impliquer dans la société revient à exercer une activité qui ferait augmenter non pas le bonheur national brut, mais certainement le produit national brut. Confucius préconise: en premier lieu “Faites en sorte que vous deveniez un être parfait”. Le deuxième précepte est: “Bien régenter votre famille”. Le troisième: “Se mettre au service de la nation” avant d’atteindre le but ultime: “offrir la paix au monde”. Donc, à chaque étape, l’on vous demande de vous engager davantage dans la société. Une fois que vous aurez atteint le but suprême, qui n’est pas donné à tout le monde, vous vous retirez de la vie active et vous cultivez votre jardin, comme Voltaire l’a conseillé.

On pourrait dire que dans le cas protestant, il s’agit d’un individualisme transcendental, dans le deuxième cas d’un collectivisme de l’immanence. Mais il me semble que le résultat est le même: il existe une éthique de travail qui dans les deux cas est très développée.

Oui, absolument. Tu as utilisé admirablement l’expression qui convient: une éthique du travail. Je suis d’accord avec Rabindranath Tagore, Prix Nobel de littérature indien, qui dit que “l’Est et l’Ouest n’arrêtent pas de se chercher, vont se rencontrer un jour”. Du reste, je récuse ce que Ruyard Kipling a dit: “East is East, West is West, and the twain shall never meet”. Mon opinion très personnelle.

Ils vont peut-être se rencontrer autour du travail, autour de l’éthique du travail capitaliste.

(Rire) Si on veut, oui. Du capitalisme, même du “casino-capitalisme”, pour reprendre l’expression utilisée par Martin Schulz [actuel président du Parlement européen]. Il a dit que le malheur actuel provient du néolibéralisme et du casino-capitalisme. Je ne sais pas comment il l’a dit en allemand, mais je l’ai lu dans De Standaard il y a tout juste quatre jours.

Quant au bouddhisme, ce n’est pas pour rien que je viens d’utiliser la notion du “bonheur national brut” introduite par roi du Buthan. Ce pays est tout imprégné du bouddhisme. Le bouddhisme n’incite pas à une éthique du travail à la confucéenne.

Mais revenons à l’exemple du Vietnam. Sociologiquement et historiquement parlant, le bouddhisme y est tout de même majoritaire? Or, le Vietnam est un exemple d’une pays qui connaît une incroyable croissance économique.

Je crois que la pratique de la religion au Vietnam relève de la sphère privée. Dans tout ce qui est public, le pays est quand même très influencé par le confucianisme. Ceci dit, c’est un cas un peu spécial étant donné que le pays a quand même connu un régime communiste. Cela sort un peu de nos généralités.

Mais j’ajouterai encore ceci. Puisqu’on parle de moi, permets-moi de dire que je suis un Asiatique atypique: je ne suis pas du tout battant, je ne suis jamais mû par une éthique de travail exaltée. Mon intérêt est ailleurs. D’ailleurs, … (rires et hésitations) bon… je dirai n’importe quoi… je me suis mis à étudier une des cinq variétés du Rumantsch, une langue parlée par 50.000 locuteurs, avec beaucoup plus de bonheur et d’assiduité que lorsqu’on mon employeur m’a incité à étudier les cours préconisés pour monter en grade.

4. Quel pourrait être ton propre apport au sein d’Axcent?

De par mon tempérament, je suis plutôt suiveur que décideur ou “leader”. Par conséquent, je pourrais peut-être m’investir pleinement dans un projet (dé)limité, par exemple, un certain domaine de recherche…Mais je ne serais jamais la personne qui créera quelque chose d’ex nihilo. C’est ma personnalité. “Connais-toi toi-même”.

Par ailleurs, je pourrais rejoindre Axcent dans son engagement pour les”Morts de la Rue” [Le collectif Les morts de la rue rassemble un nombre d’associations qui oeuvrent pour un enterrement digne des sans-abris à Bruxelles]. Je trouve affligeant que des personnes soient enterrées sans que personne ne les accompagne. Non qu’il faille “tambour et trompette”, mais un peu de chaleur humaine pour accompagner le défunt ou la défunte à sa dernière demeure est un minimum pour un enterrement digne. Cette idée de participer à des enterrements de personnes indigentes, m’est venue à l’esprit, le jour où j’ai lu une annonce dans le bulletin mensuel de la commune de Jette: l’Etat-Civil cherche des personnes qui seront intéressées à participer à des enterrements organisés par la commune, en suivant le cortège funèbre. À ce moment-là, j’ai pris contact avec les officiers de l’Etat-Civil qui s’occupent de l’enterrement des personnes seules. Ainsi, il est convenu qu’ils peuvent m’appeler, en cas de besoin. Si je suis libre, je viens.

Art, beauté, foi

À l’occasion du lancement de son programme interculturel I.T.OUCH’ le 30 novembre 2013, l’Institution Thérésienne (IT) invita Axcent pour un témoignage suivi par un échange entre trois porteurs d’initiatives interculturelles ou interconvictionnelles à Bruxelles.

Voici ce que IT proposa à Axcent :

“Plutôt que de présenter concrètement les actions de votre association d’Axcent, nous voudrions nous demander de donner une réflexion sur la valeur, les chances et les défis de l’art et de la musique dans la quête de sens de nos contemporains, et de sa capacité et ses limitations dans la construction de passerelles et le tissage de liens” (mail du 25 octobre 2013).

Ce qui suit, est la réflexion tenue le 30 novembre par Christof Grootaers sous le titre Art, beauté et foi dans la quête de sens.

 

Mesdames et Messieurs,

Commençons tout de suite avec trois désavantages devant lesquels je me trouve, – des désavantages qui peuvent devenir, en les additionnant, tout compte fait, assez avantageux..

Premièrement, je ne suis ni un historien de l’art, ni un artiste. Je n’ai donc pas de compétences ou de références universitaires bien particulières pour aborder ce sujet.

Un sujet qui est – et voici un deuxième désavantage – énorme, colossal, d’une telle ampleur, qu’il il ne faut même pas rêver de donner ne fût-ce qu’un début d’aperçu ou de vue générale sur cette question qui est le lien entre la quête de sens et l’art.

Ajoutez-y le troisième inconvénient – le fait que je ne dispose que d’un petit quart d’heure – et vous comprendrez que je fais face à une mission presque impossible.

Et pourtant, il s’avère que ces trois  désavantages peuvent devenir un grand avantage, là où je peux renoncer à toute prétention académique et exhaustive et où je deviens  – de par mon ignorance même – libre de vous soumettre le fruit de quelques intuitions, qui sont loin d’être infaillibles et qui inviteront, j’espère, à l’échange.

Je partirai donc de ce que je ressens et de ce que je crois savoir personnellement, non pas comme artiste, mais comme simple « consommateur d’art » (pardonnez-moi le mot) et comme croyant qui, comme tout croyant, qu’il soit religieux ou pas, réfléchit sur le sens et le non-sens de l’existence.

1. École de la connaissance

Je vais peut-être vous étonner, mais avant toute chose, avant même de parler du beau et des émotions esthétiques que l’on associe spontanément à l’art, il faut d’abord aborder l’art comme une école de connaissance. C’est tout à fait élémentaire.

Voyez ce qui arrive quand de nos jours on entre dans un musée pour la toute première fois et qu’on prend place devant un tableau du, disons, 17ème siècle. On reste littérament bouche bée : on voit des couleurs, on voit des formes, on voit de proportions, mais par manque de connaissance on ne voit pas le rapport entre les personages et les scènes du tableau et l’histoire religieuse, mythologique ou profane à laquelle ils font référence. Sans connaissance de son contexte, le tableau reste pour une grosse partie un livre fermé, un objet mort. Il va de même pour une peinture moderne : si on n’a aucune idée de histoire de l’art moderne et de ses grands questionnements, toute forme abstraite accrochée au mur reste un sphinx ennuyeux qui garde jalousement ses secrets. Rapidement nous nous lassons de ce que nous voyons et nous nous déplaçons devant un autre tableau qui risque, d’ailleurs, de nous ennuyer davantage.

La  connaissance de l’histoire, de la culture, de la tradition artistique est donc une clé élémentaire pour accéder au premier sens de l’art et du beau, un sens qui nous est transmis d’un passé souvent lointain et que nous retransmettons à ceux qui viendront après nous. Ainsi, l’art est toujours aussi l’histoire de l’art. Je ne dois pas vous faire un dessein :  cela vaut exactement pour la religion, dont le sens se trouve, du moins en partie, aussi dans sa propre histoire.

Cette connaissance du passé artistique, cette conscience que les choses artistiques se situent dans la longue-durée et qu’elles ne sont pas uniquement présentes dans un « maintenant » immédiat qui est là pour répondre immédiatement à nos désirs du moment: je l’appelerai, plus qu’une quête du sens, une reconquête du sens. Sans conscience du passé, nous perdons le sens des choses, qui, auparavant, avaient un sens ; nous  sommes à la merci de l’absurde. L’art et le respect pour l’art peuvent nous réapprende à chérir la longue-durée, une longue-durée qui est aussi le fondement de la tradition religieuse ou philosophique. Avec l’art, nous rentrons dans une sphère qui, au commencement, n’est pas la nôtre, qui demeurera après notre propre disparition, et qui demande dès lors une attitude d’humilité et de curiosité.

Et avec la curiosité, nous voilà arrivés dans la deuxième école d’apprentissage que l’art nous procure. Après la connaissance, elle nous invite à acquérir une seconce aptitude fondamentale pour en saisir le sens. C’est l’attention.

2. École de l’attention

Il ne suffit pas de comprendre la toile de fond historique et artistique d’une oeuvre d’art pour en saisir ce sens précis qui peut nous transformer intérieurement, voir même bouleverser. À partir de la curiosité, nous apprenons à regarder, à écouter, à contempler, à lire attentivement, et nous nous débarrassons du bagage historique dont nous avions besoin encore quelques instants auparavant.  Le savoir lire: lire un tableau, lire un poème, lire un roman, c’est se débarasser de ses prédispositions, c’est se décentrer, c’est prendre le temps, c’est devenir attentif.

Nous connaissons l’importance que la philosophe et mystique Simone Weil prêtait aux mathématiques qui fallait enseigner dès le plus jeune âge, comme apprentissage de la concentration, ou mieux encore, de l’attention ininterrompue qui, elle, était primordiale pour la contemplation de Dieu. Sans doute nous pouvons dire la même chose de l’étude d’un tableau, d’une sculpture ou d’une pièce de musique : elle nous aide en même temps à nous décentrer (je ne suis plus le centre de mon attention, mon attention même devient le centre) et à nous concentrer ne fût ce que pour les quelques minutes que nous parvenons à dérober aux exigences d’un temps de plus en plus utile et utilitaire. Pour Simone Weil l’attention et l’attente allaient de pair. L’attente n’est jamais passive tant qu’elle reste attention. Elle est désir de sens, désir de vérité.  L’attention, l’attente de Dieu (c’est le titre posthume d’un de ses recueils), l’attente du sens qui  soudainement se libère pour nous transformer dans notre for intérieur, voilà, sans doute, les fruits que la fréquentation assidue de l’art dans toutes ses expressions peut nous apporter.

Mais jusqu’à présent nous sommes restés au niveau individuel de l’apprentissage de l’art et de la (recon)quête du sens. La connaissance et l’attention sont des aptitudes individuelles. À l’école du beau et de la beauté, nous rentrons, enfin, en plein dans la communion.

3. Ecole du Beau et de la Beauté

C’est là que nous découvrons l’émotion du beau, le plaisir et l’enthousiasme esthétiques, qui mènent presque automatiquement à une envie de partage  et de communion. Ici la quête du sens se fait ensemble, on pourrait presque dire par contagion.

a/ Cette contagion peut devenir tellement intense, qu’elle prend un aspect interreligieux si il s’agit de la beauté qui emprunte son expression à la tradition religieuse. Je pense, en guise d’exemple, à l’Islam, qui, tout en respectant en général l’interdit de l’image divine, humaine et parfois même animale,  a su développer un époustouflant jeu de formes dans ses traditions calligraphiques et architecturales. Je pense aussi à ma propre expérience comme co-organisateur de concerts interreligieux et interconvictionnels. Je me rappelle en particulier un concert à l’église du Béguinage qui rassemblait juifs, chrétiens, musulmans, bouddhistes et humanistes  qui s’embrassaient tous fraternellement à la fin du concert, un geste qui n’avait aucument été commandé par les organisateurs, mais que la communion musicale avait provoqué spontanément.

b/ Mais l’art a également vocation au partage du sens à un niveau œcuménique. Un exemple : quel plaisir de s’échanger entre chrétiens l’exubérance et la joie presque dionysiaque du catholicisme baroque et l’intériorisation luthérienne qu’on retrouve par exemple chez Jean-Sébastien Bach! Il ne faut pas être une oecuméniste diplômé pour s’apercevoir qu’au-delà des clivages théologiques ou des rivalités ecclésiastiques, les différentes sensibilités artistiques que peuvent habiter le monde du catholicisme romain et celui du protestantisme, sont très complémentaires au lieu d’être contradictoires.

c/ … Pour ne pas parler de la liturgie des églises orthodoxes qui, à travers la splendeur de ses couleurs, ses sons et ses odeurs,  nous offrent un avant goût du Paradis.

4. École du non-dit

Je pense que nous avons tous vécu la situation suivante. Nous ressentons un moment donné une chose d’une manière très très forte, j’entends une chose intime, une chose qui a tout à voir avec la vérité, et non plus avec « une » vérité, la vérité qui nous donne le sens et la direction de notre existence :  nous en parlons à un ami, à quelqu’un en qui nous avons confiance, nous l’expliquons, nous le décrivons, nous le chantons, tout ce que vous voulez, mais soudain, à la fin de notre longue entretien, nous nous rendons compte que nous avons beaucoup dit, presque tout, mais pas encore l’essentiel, il nous semble que nous n’avons pas été compris ou plutôt : que nous n’avons pas pu faire nous comprendre, et qu’il y a un résidu, un reste d’un « je ne sais quoi », qu’aucune  conversation, même la plus élaborée et la plus nuancée, ne sera jamais capable d’absorber tout à fait, parce que quand il s’agit d’une vérité intime, les interlocuteurs se heurtent aux limites de la communication.

Et bien, l’art, quand il est vécu en communion, et particulier quand il s’agit de la musique, peut devenir l’endroit où le non-dit est exprimé à haute voix, au-delà de tous les malentendus d’une conversation humaine.

5. Ecole de la gratuité

Je voudrais terminer avec une cinquième école d’apprentissage, c’est sans doute la plus importante, je veux dire l’école de la gratuité, une gratuité qui a, qu’on le veuille ou non, une dimension fortement politique, parce qu’en en elle tout ce qui est démesure, tout ce qui est désintéressé, tout ce qui est unilatéral y est reçu avec sympathie et enthousiasme.

Comprenez bien, dans cette dernière école il devient encore plus clair dans quelle mesure la foi, l’amour et la beauté se touchent et font alliance pour aboutir à un sense accru des choses : aimer un morceau de musique sans aucune autre raison que la musique même; aimer, pour le croyant, Dieu sans autre raison que Dieu-même; aimer le réfugié, la veuve, l’orphelin, l’étranger,  le chômeur, l’enfant à l’école de devoir, la personne handicapée, le malade chronique, la mère célibataire qui risque encore plus que d’autres de basculer dans la pauvreté, l’habitant d’une maison de retraite, le jeune drogué,  en un mot, aimer l’être humain comme être humain, parce-qu’il est être humain, sans lui demander son taux de productivité, son régime d’épargne-retraite,  ni sa contribution au produit national brut, nous voilà devant une attitude de gratuité inconditionnelle, qu’elle soit amour, foi ou beauté, une gratuité qui est, je vous l’assure, en même temps une attitude politique, car elle dit un grand “non!”  à cette société de calcul, de consommation et d’accumulation dans laquelle nous sommes contraints à vivre.

Le Centre Alameda pourrait devenir ce lieu de gratuité totale.

Merci.

When something unexpected happens

Some time ago, it was on a Saturday afternoon, Axcent was invited to hold a brief lecture about art and music as a way of (re)discovering philosophical or religious meaning and of fostering interfaith dialogue. The occasion was the launch of I.T.OUCH’, an intercultural and interfaith programme of the Brussels based Institution Thérésienne.

As my credentials on this subject are far from decisive, it took me a while to agree, for I am no art historian nor an artist and I didn’t want to create too high an expectation as to my particular klowledge of this rather abstract subject.  But the initiators guaranteed  that I was free to follow my intuitions based on my own experience rather than developping an academic line of thought. So I finally accepted.

I had structured my lecture according to the different ways art can learn us to acquire or regain some (lost) attitudes and aptitudes that could make us receptive (again) to transcendence, be it in a religious or non-religious form.

All the time during my preparation, I felt the increasing urge to connect  art to economics, since we live in extremely dangerous times, where the way we produce, consume and accumulate things has a pernicious, some would say “irreversible” impact on our emotional, intellectual, esthetical and spiritual faculties.

On the other hand I was anxious enough not to annoy people with the kind of political associations some would consider far fetched with regard to such elevated issues as art and interfaith dialogue, and therefore would condemn at best as “partisan”, and at worst as “ideological”. Surely, the audience I was going to adress was open to social matters. Still, for reasons of tactfulness I carefully delayed any reference to broader society and economics until the final point in my lecture, where it dealt with art as a teaching place of selfless love and gratuity. Speaking about the unilateral gift of beauty and goodness in a world that is obsessed with economical growth, win-win-mythology and merciless competition between free trade zones, countries, companies and people, it would become quite impossible at that precise point not to refer to the economic air we daily breathe in. I therefore intended to raise this unavoidable issue at the conclusion of my conference.

But then something unexpected happened. The friendly and neatly dressed lady who introduced the afternoon and the different speakers and gave a quick overview of the I.T.OUCH’-programme with its many initiatives and services to come, switched at least two times during her introduction to the difficult circumstances of a society which was, as phrased in her very words, “dominated by the unregulated markets”.

Later on one of the other speakers, a lady with Moroccon roots who worked in an interfaith organization in Laeken, was denouncing twice what she called “neoliberalism”, a ideology that had to be tackled because it had such devastating effects on community life.

I couldn’t believe my ears. I wasn’t prepared for a kind of political frankness I myself on behalf of Axcent had tried to attenuate in my own conference, for reasons that, subsequently, proved to be completely invalide. The public was obviously ready for it too, judging from its passionate participation to the discussion.

What then are the lessons Axcent must draw from this transformative occurence?

It all adds up to this: if Axcent wants to stick to its principles as a pluralistic interfaith organization, it should never hesitate to make a clear and loud stand against the dangers of neoliberalism. Neoliberalism as an englobing worldview affects all aspects of human life. It reduces men and women to the state of homo economicus and denies or instrumentalizes their religious and spiritual longing.

Now the time has come. People from all walks of life have obviously reached their point of saturation and say: enough is enough! There is a growing readiness to oppose a way of life that people didn’t chose, but seems to be the result of an interplay of forces that are mistakenly represented as inescapable by some others who have their own agenda.

It makes all the more encouraging what became obvious that Saturday afternoon:  the willingness to resist is clearly not limited anymore to places of “specialized discontent”.  A “No” to neoliberalism used to be heard on spots that gathered the usual suspects (e.g. young alterglobalists, trade unionists and radicals).

Nowadays you can hear it on less expected places… even in the interfaith movement, where religious and non-religious people alike will have to prepare together for a long, difficult but rewarding struggle.

Why Transcendental Truth Still Matters

There is much reason to despair. Social fragmentation, excessive individualism, global and local competitiveness, disengagement, utilitarianism, feverish consumption, instrumentalization of beauty and goodness for economic purposes: these would remain very abstract concepts indeed, if the people engaged on the ground did not know that underneath these words many forms of human suffering are hidden, such as unemployment, work-related depression, poverty, social and cultural exclusion and deepening inequalities.

But then, there is also reason for hope.  People’s willingness to resist the neoliberal (dis)order used to be confined to places of “specialized discontent” with its usual suspects (e.g. young alterglobalists, trade unionists and radicals). Today there are heartening signs of defiance and resistance on less expected places.

Even within the interfaith movement, religious and non-religious people alike are becoming aware of the incompatibility of economic strife and selfishness versus the transcendental call for solidarity, equality and care for the earth.

Transcendence can take multiple shapes.

One thinks spontaneously of its vertical, God-oriented dimension, a truth elevated above our heads that guides our choices and actions to which we trustfully abandon ourselves , precisely because we feel they do not originate from us.

But there is also a horizontal sense of transcendence, and its call to solidarity and self-sacrifice can be as compelling as the one that emanates from its “heavenly” counterpart.

Take a non-religious person who feels the imperative urgency of involving the next generations and the future of the planet in any present economic decision-making. He might confine his understanding of the so-called “after-life” to the upcoming life of future generations. No God or personal eternity could fit in his vision of reality. But even this earthbound interpretation of the after-life, as imminent as it seems to be, carries a notion of truth that emanates from the outside and is compelling enough to make him row against the everyday current of short term certainties.

So let’s be candid: no religion, no spirituality, no conviction can take at face value a system of production and  consumption like neoliberalism that has far reaching anthropological implications and is firmly rooted in a particular and all-encompassing worldview notwithstanding its humble claim of being the opposite of an ideology. “We only formulate some unavoidable problem-solving answers to some economic challenges”, so the neoliberal story goes . In reality, this worldview generates poverty, inequality and ecological disaster, reduces men and women to the state of homo economicus, denies or instrumentalizes their religious and spiritual longing and jeopardizes the very life of upcoming generations.

And let’s put it even more bluntly: without religious, spiritual or convictional truth that carries us above or beyond the issues of the day, no long-term resistance against the contemporary economic dictatorship is even conceivable. We should never lose sight of the fact that the immanent, truly existing world grants an inestimable advantage to those who want to keep it unchanged: it exerces its enormous authority on people’s minds solely by virtue of its monopoly on manifest reality that seems to exclude the very possibility of another world.

Each second of his life an average city-dweller smells, tastes and feels the facts and things of neoliberalism as they expand their realm in the places where he works, buys, travels, thinks, prays and relaxes.

How on earth could he escape of his own bat this airconditioned nightmare, unless there was some truth outside of him, pulling him out of immediate reality, and helping him to reconquer his lost ability of saying “no” and “yes”?

If the idea of “another world is possible” has any meaning, then only because that other world already exists as a truth beyond doubts.

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